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Tai Chi

Le Tai Chi, une pratique zen alliant corps et esprit

Notre monde moderne est stressant. Tout va vite. Peut-être vous êtes-vous déjà rendu compte que ce stress vous “colle à la peau”. Car le stress, c’est aussi dans le corps. Mais comment faire pour s’en débarrasser ? Dans cet article, je vous explique comment le Tai Chi, une pratique zen alliant corps et esprit, qui va vous permettre de retrouver votre rythme intérieur.

Note à l’intention des puristes : oui, le tai chi n’a aucun lien direct avec le zen. Dans cet article, j’utilise ce mot dans son sens le plus large.

Qu’est-ce que le Tai Chi ?

Petit rappel rapide pour ceux qui sont nouveaux sur ce blog…

Le Tai Chi Chuan (souvent appelé simplement “tai chi”) est un art martial chinois qui s’est développé à partir du 17ème siècle et qui s’est popularisé au 19ème siècle grâce au style Yang, sa variante la plus pratiquée de nos jours (et la plus étudiée, Yang et al.). Ancré dans la philosophie taoïste, le tai chi est constitué de mouvements lents et souples (la “forme”), pratiqués avec un esprit tranquille.

Le tai chi chuan est souvent décrit comme une approche holistique de la santé. Ses multiples facettes en font un art très complet. Les principaux bénéfices pour la santé sont l’augmentation de la capacité respiratoire, le renforcement musculaire, un meilleur équilibre et contrôle moteur (avec une réduction du risque de chute). De manière plus générale, les pratiquants de tai chi rapportent se sentir mieux, physiquement et psychologiquement (Lan et al., 2013, pp 3-6). Enfin, le tai chi peut réellement aider face aux douleurs chroniques (Wayne, p. 109), véritables fléaux de notre bien-être au quotidien.

Photo par Monica Leonardi sur Unsplash

Mes premiers pas en tai chi

En Occident, la plupart des personnes découvrent le tai chi plutôt “tard” dans leur vie. Pour ma part, déjà passionné par les philosophies orientales et le zen, j’ai eu le plaisir de découvrir cet art à 18 ans, en suivant ma mère à un cours. Autant le dire tout de suite, j’étais le plus jeune de la pièce. J’étais curieux d’en apprendre plus sur ces mouvements, leur fonction, leur utilité. Tout cela paraît bien mystérieux vu de l’extérieur : le “chi”, l’énergie, le yin-yang… 

Je me souviendrais toujours de l’exercice de méditation statique. Il s’agit de simplement rester debout, à respirer, sans rien faire. Simple, non ? Et pourtant, je sentais mes jambes trembler et je transpirais à grosses gouttes. Et le plus frustrant dans tout ça, c’est que la dame d’une cinquantaine d’années à côté de moi avait l’air de rester immobile sans le moindre effort. C’est cela qui m’a le plus interpellé et m’a poussé à apprendre tout ce que je pouvais sur cet art martial.

Comment le tai chi vous rend plus zen ?

Le tai chi chuan va vous aider à être plus zen en travaillant à deux niveaux.

Dimension physique

Tout d’abord, la dimension physique. Un exemple simple est la marche. Dans la rue, j’observe souvent les autres marcher. Je vois des pieds qui vont dans toutes les directions. Je vois des chevilles qui s’affaissent. Marcher fait partie de notre quotidien, et le tai chi et son travail au niveau locomoteur va améliorer cette aptitude (Hong, 2013, p. 2).

Notre posture joue aussi un rôle important. Vous savez sans doute que votre tête pèse environ 8 kilos. Même si vous n’aimez pas les maths, il n’est pas difficile de calculer le stress qu’un mauvais alignement de votre tête cause à votre nuque, à vos épaules. Le tai chi va vous aider à rééquilibrer votre posture, retrouver votre verticalité, naturellement, et sans efforts.

Dimension mentale

Ensuite vient la dimension mentale. La pratique du tai chi chuan se fait en pleine conscience. Les effets bénéfiques de la pleine conscience face au stress ont été largement démontrés et s’ajoutent aux bienfaits du tai chi chuan (Hong, 2003, p. 168). Il est évidemment possible d’appliquer la pleine conscience à toutes les activités de notre quotidien, mais le tai chi s’y prête particulièrement, notamment grâce à sa lenteur

Il n’est pas rare dans les formations de pleine conscience de faire de la marche méditative. La pleine conscience se base sur le fait d’être attentif à tous nos stimuli, à ce qui se passe dans notre corps, notre tête, autour de nous. Lors d’une journée avec Ilios Kotsou j’ai justement eu la bonne surprise de faire un exercice qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à un exercice de marche tai chi. La lenteur était au cœur de cette expérience : c’est en prenant le temps que l’on peut percevoir ce qui se passe.

Le secret de la répétition

Pour ancrer ces bénéfices dans notre quotidien, une pratique régulière est nécessaire. En effet, pour adapter notre neurophysiologie, la clé se trouve dans la répétition. C’est elle qui permet de “reprogrammer” en quelque sorte notre corps et notre cerveau pour favoriser une posture juste et un esprit calme. Avec le temps, il devient plus facile de réactiver cet état d’esprit et cette détente, par exemple lorsque nous sommes stressés. Et puis, même si c’est difficile, une séance, même courte, aide à évacuer les tensions physiques accumulées.

Il n’est pas toujours facile de trouver un moment dans nos vies mouvementées pour pratiquer. Les maîtres disent que pour découvrir les dimensions martiales de cet art, il faut pratiquer la forme 6 à 8 fois par jour, soit plus de deux heures de pratique continue. Cela n’est évidemment pas accessible pour ceux qui ne veulent pas faire du tai chi chuan leur métier. Pour ma part, je considère que pour en bénéficier, il est important d’essayer de pratiquer tous les jours, même 5 minutes. Si ce n’est pas possible, essayer tous les 2 ou 3 jours. Pratiquer une seule fois par semaine est insuffisant si l’on veut vraiment tirer un plein bénéfice de cette pratique. L’essentiel est de trouver un moment qui vous convient : certains adorent pratiquer de grand matin, au saut de lit, et pour d’autres, c’est un moment d’apaisement avant d’aller dormir.

Trois astuces concrètes

La seule façon de profiter des bienfaits du tai chi chuan est de le pratiquer. Néanmoins j’aimerais qu’en lisant cet article vous repartiez avec quelques astuces concrètes que vous pouvez utiliser dès à présent. Ces trois astuces se combinent très bien entre elles une fois que vous êtes habitué à les utiliser.

Plantez vos pieds dans le sol

À l’image des fondations d’une maison, vos pieds servent de base à votre corps. Lorsque vous êtes assis, c’est votre bassin qui joue ce rôle. Prenez conscience de votre contact avec le sol. Sentez le poids de votre corps. Votre poids est-il réparti de la même façon dans votre pied gauche et votre pied droit ? Sentir la gravité et la voie de la moindre résistance permet d’automatiquement aligner le corps et de relâcher les tensions. Il n’y a pas d’effort particulier à faire, à part se positionner correctement.

Lorsque vous êtes hors de votre axe, c’est la tension physique qui vous permet de rester droit. Prenez le temps d’explorer vos appuis : balancez-vous légèrement d’avant en arrière, puis de gauche à droite. Voyez quelle posture vous procure le plus grand relâchement. Essayez de trouver le juste milieu.

Expiration et relâchement

Votre respiration joue un rôle clé pour se relâcher. A l’expiration, la pression interne diminue. Prenez le temps d’observer votre respiration. A chaque expiration, relâchez les tensions de votre corps en préservant votre verticalité. A chaque expiration, sentez un peu plus le poids de votre corps peser sur vos pieds. Si vous êtes tendu, stressé, ce simple exercice aide déjà beaucoup.

Utilisez cette technique que vous avez des tensions dont vous avez du mal à vous débarrasser. Prenez le temps de simplement inspirer, puis expirer en vous relâchant. Si au bout de quelques cycles vous ne constatez pas d’améliorations, vous pouvez aussi essayer de contracter la zone tendue lors de l’inspiration, puis tout relâcher lors de l’expiration. Cela vous permettra de vous occuper de certaines tensions plus tenaces. Gardez à l’esprit que si vous avez, par exemple, les épaules tendues après une journée de travail devant un ordinateur, il vous faudra sans doute un certain temps avant que toutes les tensions disparaissent : ce n’est pas une baguette magique qui fonctionne instantanément. Essayez de répéter cela plusieurs fois durant la journée pour un meilleur effet.

La tête suspendue par un fil

Votre tête pèse lourd et il est important de l’aligner correctement. Une façon simple est d’imaginer que le sommet de votre tête est suspendu par un fil. Sentir le sommet du crâne, imaginez le fil, suffit. Inutile de forcer la posture. Prendre conscience, c’est déjà corriger.

Au-delà de l’alignement, il y a d’autres bénéfices à cette image de la tête suspendue. Je vais vous parler d’un exemple qui vient de la Technique Alexander. Dans cette technique, on dit que pour se lever d’une chaise, l’effort est considérablement réduit si l’on prend conscience du sommet de la tête avant d’essayer de se lever. En somme, plutôt que de nous pencher en avant, de s’appuyer avec nos bras, il s’agit de se relever comme par un étirement de tout le corps, des pieds, jusqu’au sommet de la tête. Essayez de vous lever en conscience de votre chaise, c’est surprenant !

Chaque fois que vous vous surprenez à vous affaisser, essayez de reprendre conscience du sommet de la tête. Vous pouvez même mettre un objet, une pièce par exemple, pour vous aider à garder cette conscience (mais ça fait un peu bizarre au bureau, je vous l’accorde). 

Photo par Mark Hang Fung So sur Unsplash

Une pratique modulable, accessible à tous

Passé d’un art martial familial, transmis oralement, à une pratique globale de santé largement étudiée, il est facile de trouver des professeurs de tai chi près de chez soi. Si ce n’est pas possible, ou que vous n’êtes pas satisfait des professeurs proches de vous, il est même possible d’apprendre le tai chi à la maison. Il est évidemment préférable de pouvoir pratiquer au contact d’un maître : il sera plus facile de corriger votre posture, ou de faire du travail avec partenaire. Par contre, comment savoir si ce maître vous convient, est qualifié ? Comparer les cours n’est pas toujours facile. C’est pourquoi je vous invite à regarder différentes écoles avant de vous engager dans un cheminement qui se fera peut-être pendant de nombreuses années : autant ne pas faire ce choix à la légère. 

J’espère que cet article vous aura donné envie d’essayer le tai chi. Le tai chi est un exercice modulable en intensité, accessible quel que soit votre âge ou votre condition physique. Il est même possible, avec quelques adaptations, de faire du tai chi assis ou en chaise roulante

Alors, est-ce que le tai chi est fait pour vous ?

Pour terminer cet article, j’ai envie de parler d’une phrase que j’entends souvent : “c’est trop lent, j’ai besoin de quelque chose qui bouge plus!”. Aux personnes qui pensent cela, j’ai envie de dire : essayez ! Entre ce que nous pensons avoir besoin et ce dont nous avons réellement besoin, il y a souvent une grande différence. Par exemple, peu de personnes ressentent le “besoin” de méditer. Et pourtant, c’est après plusieurs semaines de pratique que nous réalisons la différence que cela apporte. Nous n’aurions tout simplement jamais pu deviner à quel point c’est essentiel, car c’est hors de notre champ de conscience. Alors restons ouverts aux possibles et évaluons pour nous-même ce qu’une pratique nous procure avant de la juger inadaptée.

Sources

Hong, Y., 2008. Tai Chi Chuan. State of the Art in International Research. Basel: Karger.

Lan, C., Chen, S., Lai, J. and Wong, A., 2013. Tai Chi Chuan in Medicine and Health Promotion. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine.

Wayne, P., 2013. The Harvard Medical School Guide To Tai Chi. Boston, Massachusetts: Shambhala.

Yang, G., Wang, L., Ren, J., Zhang, Y., Li, M., Zhu, Y., Luo, J., Cheng, Y., Li, W., Wayne, P. and Liu, J., 2015. Evidence Base of Clinical Studies on Tai Chi: A Bibliometric Analysis. PLOS ONE.

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