Les 8 éléments actifs du Tai Chi

Les 8 éléments actifs du Tai Chi

Je suis récemment retombé sur le livre de Peter M. Wayne, « The Harvard Medical School Guide To Tai Chi », traduit « Taï Chi, La méditation en mouvement par Marieke Merand-Surtel. Dans ce livre, ce chercheur à Harvard et avide pratiquant de tai chi livre son expérience et nous raconte le tai chi en essayant d’éclairer un maximum ses principes à l’aide de son approche scientifique. Afin d’évaluer la pratique du tai chi, il a dégagé 8 éléments qui sont selon lui les « éléments actifs » du tai chi, un peu à la façon des « molécules actives » d’un médicament. C’est grâce à ces 8 axes de réflexion qu’il évalue les bienfaits de la pratique du tai chi au niveau physique, psychologique, social et philosophique.

Peter M Wayne Tai Chi La méditation en mouvement

Je vous livre dans cet article ma synthèse personnelle dans ces 8 principes. C’est parti!

Conscience et attention concentrée

Le tai chi est souvent qualifié de méditation en mouvement. Et c’est plutôt vrai, comme dans la Pleine Conscience, vous êtes totalement engagé dans ce que vous faites. L’attention est concentrée sur le corps, la posture, la respiration… bref, vous observez ce qui se passe en vous. C’est aussi une façon de vivre le non-agir : observer, c’est déjà changer beaucoup de choses.

La conscience est principalement axée sur les sens et la proprioception. Grâce à cette conscience accrue du corps, vous allez réduire les troubles musculo-squelettiques.

Bien souvent, dans notre société actuelle, hyperactive et multitâche, nous avons bien du mal à nous focaliser longtemps sur une tâche donnée. Une longue séance de tai chi est donc parfaite pour remédier à l’esprit vagabond, « l’esprit de singe » et favorise la tranquillité de l’esprit.

Intention et croyance

Le tai chi fait souvent appel à des images ou des métaphores. Cela apparaît déjà dans le nom des mouvements (les mains-nuages), mais aussi souvent dans les recommandations de pratique « marcher comme un chat », « stable comme une montagne »… Ces images jouent sur notre inconscient et permettent de mettre en oeuvre des effets qu’il serait dur à décortiquer rationnellement.

Nous savons que penser à un geste suffit à activer les mêmes parties du cerveau que si vous faisiez vraiment le geste. Il est même possible de faire de la « musculation imaginaire » : sans bouger, juste en l’imaginant… et ça marche. « L’imagination devient réalité » (dans certaines limites quand même, je vous vois venir avec vos spéculations new age 🙂 ).

Attention cependant, une image peut convenir à une personne, mais ne rien évoquer à une autre. Ou bien, peut être adaptée à un certain stade de pratique, mais devenir restrictive à un autre. Soyez toujours libre de trouver ce qui marche le mieux pour vous!

Harmonisation structurelle dynamique

Notre corps forme un ensemble complexe. Un élément essentiel de sa structure est le tissu conjonctif, qui forme un réseau anatomique continu d’un bout à l’autre du corps, présent dans tous les organes. Il est formé de tissus denses (tendons, ligaments), plus élastique (les fascias), de fils (vaisseaux sanguins, nerfs) et des organes.

Etant donné que ce tissu complexe tient d’une seule pièce, il est évident qu’un mouvement de n’importe quelle partie du corps influe sur toutes les autres.

Tous nos mouvements sont soumis à la gravité. C’est pourquoi la verticalité est un principe fondamental en tai chi. Un alignement correct rend les mouvements plus efficaces, réduit les tensions et conduit à un meilleur équilibre. Une fois la verticalité établie, vous pouvez vous déplacer : les mouvements démarrent de vos pieds (la base) pour finalement s’exprimer dans vos mains (les extrémités).

C’est grâce à la lenteur que l’on peut s’assurer que notre alignement est préservé et ainsi renforcer le corps tout en restant détendu. Ce qui est particulièrement important, puisque nous savons que nos attitudes corporelles influent notre esprit.

Relaxation active du corps et de l’esprit

Le tai chi, avec son symbole yin-yang et ses racines taoïste préconise la recherche de l’équilibre. Ce qui est parfois difficile quand dans notre société on valorise l’optimisation des performances, se donner « à 200% »… Pourtant, on le sait: l’excès (ou le manque) est nuisible!

Nous avons tous connu un moment où nous avons exagéré (et vous, quand avez vous exagéré physiquement la dernière fois?). En tai chi, les mouvements sont effectués lentement, graduellement. Cela réduit les risques de blessure. Vous apprenez à vous mouvoir avec d’avantage de sécurité. Votre corps a le temps de s’étirer, s’adapter.

Cela permet aussi, du point de vue neurologique, d’alléger la crainte d’aggraver une blessure (actuelle, ou ancienne… certaines zones restant « traumatisées »). En tai chi, on ne cherche jamais à « forcer »: on s’écoute, on avance, dans l’état où l’on est, ici et maintenant.

En tai chi, on dit que la posture est relâchée, Sung. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, rester immobile est un processus particulièrement actif:

  • il faut coordonner les muscles qui maintiennent le squelette droit et en place. Mais les fibres musculaires se modifient au fil du temps, à cause de la fatigue ou d’autres processus neurophysiologiques. Il faut donc s’adapter en permanence.
  • de nombreux processus internes génèrent de subtils mouvements (la respiration, la circulation sanguine, la lymphe…). Ces mouvements aussi impliquent des ajustements.
  • il peut y avoir un décalage entre ces réactions et nos adaptations neuromusculaires, qu’il faut alors compenser également.

Exercice physique, renforcement musculo-squelettique et souplesse

Le tai chi, c’est un exercice physique complet. Nous le savons, l’exercice physique est fondamental pour la santé (et la rééducation). C’est tout simplement une des meilleures façons de préserver votre capital santé (ce n’est pas pour rien que les mutuelles en Belgique remboursent en partie l’inscription à un club de sport… ).

Les études mettent en avant les bénéfices cardiovasculaires (d’un niveau équivalent à une marche à 5km/h). Mais son intensité modulable permet de s’adapter à tout public, du plus jeune (avec des besoins plus athlétiques) au plus âgé (qui a besoin de remobiliser son corps en douceur).

Le travail d’équilibre sur une jambe va évidemment renforcer le système locomoteur, mais on voit aussi des bénéfices au niveau de la force de préhension, très utile dans la vie de tous les jours.

Enfin, on voit aussi des effets sur l’ostéoporose, mais j’écrirai un article plus complet à ce sujet plus tard.

Respiration naturelle et plus libre

La respiration ne se résume pas à un échange de gaz. Le mouvement de la respiration va également masser les organes et les tissus internes, réguler les émotions. Elle peut également servir de support à l’attention concentrée et l’intention et permet une sensibilité accrue aux stimuli venus de l’intérieur du corps.

Beaucoup de thérapies corps-esprit accordent une grande place à la respiration, notamment comme outil de réduction du stress. Une posture correcte et alignée permet bien souvent une meilleure respiration. Avec une posture juste, une respiration lente et profonde s’installe naturellement. Or, nous savons que lors des périodes de stress, notre système nerveux sympathique est stimulé, ce qui provoque, notamment, une respiration superficielle. Avec la respiration pratiquée en tai chi, on active le système parasympathique, ce qui vient inverser les changements causés par l’activation du système sympathique.

Interaction sociale et communauté

L’être humain est un animal social. Une pratique comme le tai chi permet d’appartenir à une communauté. Venir à un cours de tai chi est souvent l’occasion de bénéficier d’un fort soutien psychosocial. Très souvent, la relation avec un professeur de tai chi est très positives, presque thérapeutique, car le professeur apporte un réel soutien aux différentes problématiques que peut traverser ses élèves (une difficulté physique, un inconfort…).

La plupart des pratiquants de tai chi qu’il m’a été donné de rencontrer sont très ouverts. C’est une communauté très accueillante. Je pense personnellement que c’est lié au fait que le tai chi est une pratique ouverte sur l’autre (après tout, c’est un art martial), pratiquée avec douceur et respect (nous avons plutôt des partenaires de pratique, pas des adversaires).

Et puis, même si cela déborde un peu sur le point suivant, l’ouverture avec laquelle nous pratiquons nous donne souvent l’impression d’appartenir à un grand tout et de se sentir comme faisant partie intégrante de l’humanité.

Spiritualité, philosophie et rituel

Au coeur du tai chi se trouve la philosophie taoïste. C’est une philosophie naturelle et holistique, qui valorise l’équilibre. Que vous soyez athée ou croyant, il est généralement facile de se retrouver dans les principes du taoïsme: éviter les excès, accepter la nature changeante du monde, la culture de soi-même…

En lisant le livre, j’ai pensé à l’image que nous avons du sport en occident. C’est souvent soit « aller en salle », « faire du fitness » ou bien un sport (du foot, du tennis…). Mais avec quel esprit engageons-nous ces activités? Pour être « plus musclé »? Performant? Battre l’équipe adverse? Malgré les valeurs souvent promues (la camaraderie, le jeu en équipe, le bien-être…), il y a souvent d’autres raisons parfois moins avouables qui nous poussent.

Comme toute chose dans nos vies, il est important de garder une perspective globale et cohérente. Pratiquer le tai chi a souvent des impacts en dehors de vos moments de pratique : après votre pratique, vous serez moins susceptible de conduire de manière agressive ou d’élever le ton à la moindre contrariété. J’ai d’ailleurs moi-même souvent constaté cela après un cours : notre état de bien être nous fait voir la vie sous un angle meilleur.


Et bien voilà ! cet article s’est avéré plus long que je ne l’imaginais! J’espère que vous en avez bien profité et que cela vous inspirera dans votre pratique. N’hésitez pas à partager quels sont « vos » éléments actifs lorsque vous pratiquez le tai chi.

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