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Santé Tai Chi

Qi, Fascia et Taijiquan

Avec un sujet pareil, comment ne pas m’intéresser à cet article publié dans le Journal of Integrative Medecine. En tai chi, on parle souvent de « qi » mais ceux qui me suivent savent que je n’aime pas trop ce terme très souvent « fourre-tout » et que je préfère parler des fascias. Voyons ce que nous raconte cet article!

Résumé de l’article

La pratique lente du Taijiquan cultive la perception cognitive de la tension des fascias lorsqu’elle est exploitée pour discipliner le mouvement du corps pour qu’il soit en accord avec l’équilibre Yin-Yang.

Le mouvement idéal qui en résulte, confère une vivacité de changement et harmonise l’élan du corps, les caractéristiques de la maniabilité et de la force potentielle pour la performance.

Cet article propose que la manifestation du Qi dans le Taijiquan soit principalement la perception cognitive de la tension fasciale dans l’efficacité fonctionnelle de l’équilibre bipède pour la performance.

Bien que la cognition cultivée puisse être subjective, le processus de cultivation du Qi est fondé sur la réduction des erreurs de déséquilibre, ce qui ouvre la voie à la pratique de l’équilibre avec des effets tangibles.

La force qui découle du mouvement du corps si imprégné de l’équilibre Yin-Yang, est du phénomène de la force interne ou neijin […].

Parler de la force interne

Bien que je vous invite à lire l’intégralité de l’article de 12 pages, voici les éléments qui m’ont le plus intéressé. Le premier point, sans doute, est la mention de la force interne (neijin). C’est un sujet toujours très délicat à aborder… en effet, en tai chi, on parle souvent que l’objectif est de « cultiver le Qi ». Mais comment prétendre être un art martial sans développer une forme de force ?

Distinguer la force « interne » de la force « traditionnelle » n’est pas non plus évident car les maîtres n’ont pas souvent de mots pour exprimer sa vraie nature. Bien souvent, c’est une question de « entraîne toi et tu verras bien »… quand elle n’est pas tout simplement considérée comme farfelue et inventée de toute pièce.

Le rôle de la lenteur et de l’intention

J’en ai déjà parlé dans un autre article sur la lenteur, mais cet article insiste sur le rôle fondamental que joue la lenteur dans le processus. Tout commence avec la perception de la tension interne. Les fascias sont riches en récepteurs, et une pratique lente permet de mieux en percevoir la nature.

Vient ensuite l’intention. On dit souvent qu’il ne faut pas utiliser de force, mais cela est évidemment simpliste car il n’est pas possible de bouger sans force contractile des muscles. Lorsque nous voulons bouger, les neurones moteurs vont faire le nécessaire pour que le mouvement se produise, mais nous avons relativement peu de contrôle sur la façon dont les muscles vont être utilisés. La difficulté est donc de faire en sorte que nous utilisions bien au mieux le potentiel de notre corps pour réaliser le mouvement (et surtout, éviter certains automatismes, d’où l’intérêt de certains exercices de dissociation). Une pratique lente permet d’affiner ce processus.

L’équilibre Yin-Yang

Même si on le voulait, nous ne pourrions pas décider volontairement comment allouer la force de manière optimale pour maintenir notre posture. En évitant les automatismes et en réduisant les tensions inutiles, il est possible d’obtenir une utilisation plus juste et équilibré des forces du corps.

Pratiquer cet équilibre se fait à chaque endroit du corps, mais cela se révèlerait bien entendu trop compliqué à entraîner en pratique. C’est pourquoi en tai chi on parle souvent des « 6 harmonies », qui sont la combinaison pieds/mains, genoux/coudes, hanches/épaules. En focalisant le travail sur ces zones, on obtient déjà un excellent résultat : on part du « centre » (le torse: hanches/épaules), à mi chemin (genoux/coudes) et puis les extrémités (pieds/mains).


Bon voilà, il y a encore pas mal d’autres choses dans cet article (le rôle des kuas, du dantian…) mais cela deviendrait un peu long pour ce modeste article! De manière générale je n’ai pas lu d’élément qui me semble contraire à ce que je pratique et explique de manière très rationnelle les différentes composantes du tai chi (quoique fort orienté sur des mécaniques du style chen). N’hésitez donc pas à le lire et vous faire votre propre opinion.

One reply on “Qi, Fascia et Taijiquan”

Merci beaucoup pour cet article de qualité.qui nous permet de mieux comprendre le taiji.

Je viens de lire un autre article du même auteur: passionnant!
L’article s’intitule Taijiquan’s enigma. C.P. Ong apporte des explications scientifiques claires aux énoncés mystérieux et ésotériques des Classiques, tels que four ounces overcoming a thousand pounds ou encore use mind-intent instead of force!
Il explique aussi pourquoi, paradoxalement, la lenteur est bien la base de l’aspect martial du taiji.

Voici le lien. Enjoy!

https://www.tmrjournals.com/public/articlePDF/20201130/a4663a32d0ae743936de9954e1818ab3.pdf

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