L’interprétation du Ba Gua en tai chi

L’interprétation du Ba Gua en tai chi

Résultante logique de la division du yin-yang, le ba gua est un concept majeur de la philosophie chinoise, et plus spécifique du taoïsme. Dans cet article, nous allons explorer comment celui-ci est interprété dans le cadre de la pratique du tai chi.

Le Ba Gua, c’est quoi?

Ba Gua signifie littérallement les huit (八 = bā) figures (卦 = guà). Il se présente typiquement sous la forme d’un octogone sur lequel sont repartis huit trigrammes. Un trigramme est composé de trois lignes pleines ou brisées symbolisant différents états du yin-yang. On a donc 23 permutations possibles.

Cela peut paraître bizarre, mais en fait l’idée est assez simple. Le symbole du yin-yang est composé de deux éléments interdépendants. Même s’il est clair (ou censé être clair) qu’il ne s’agit pas d’une dualité stricte, mais bien d’une interdépendance de ces deux éléments, qualifier un élément de « yin » ou « yang » est forcément réducteur (car on perd la notion d’interdépendance… une chose est yin relativement à une autre chose yang). Afin de pouvoir être précis, il est utile de subdiviser encore plus !

La première subdivision crées ce qu’on appelle les 4 images (des « bigrammes »). Avec une autre subdivision, on obtient 8 les trigrammes. Evidemment ce processus pourrait encore continuer, c’est d’ailleurs comme cela que l’on obtient les 64 hexagrammes du Yi Jing, le livre des transformations, mais on s’éloigne du sujet 🙂

le ba gua

Lire et organiser les trigrammes

Un trigramme se lit de bas en haut. Pour subdiviser, on va ajouter un ligne en dessous, les lignes du haut indiquent donc la nature première du trigramme : les trigrammes « yin » terminent par une ligne brisées, les trigrammes « yang » terminent par une ligne pleine. Dans mon diagramme, j’ai mis le yin à gauche, car généralement on considère que l’on commence par le yin (d’ailleurs, on dit yin-yang, pas yang-yin).

A côté de ça, il faut noter que ce processus un arbitraire, et que je pense que l’on pourrait décider de démarrer par le haut ou par le yang (du coup, des trigrammes comme celui du tonnerre peuvent être classés « yin » ou « yang » selon l’approche). Tant que la cohérence est là, c’est le principal 🙂 (mais je ne suis pas un expert, si je me plante laissez moi un commentaire je corrigerai avec plaisir!).

C’est d’ailleurs ce qui m’amène à mon point suivant : l’organisation des trigrammes sur un octogone. Il y a deux façons typiques d’organiser les trigrammes. Je ne vais pas rentrer dans les débats philosophiques sur le sujet, car ce qui m’intéresse ici c’est qu’il y a plusieurs façons valides d’organiser ces trigrammes. Il n’y a donc pas un seul « vrai » ordre. Tout dépend de ce à quoi vous attachez de l’importance, et j’apprécie particulièrement cette flexibilité d’interprétations qui nous met en garde contre le fait d’avoir « une » réponse définitive. Cela reflète bien la complexité du monde réel.

Et donc, pour en revenir au tai chi

Maintenant que vous êtes un peu familier avec le ba gua, revenons en au tai chi ! Les classiques parlent des « 8 techniques et 5 postures », que l’on associe généralement au ba gua et aux cinq éléments. Ces associations sont bien jolies, mais nous informent au final assez peu sur notre pratique.

Des arts martiaux, comme le bagua zhang peuvent prendre de manière très littérale le fait de « faire le tour » du ba gua.

En tai chi, on va plutôt se concentrer sur les angles du ba gua. En effet, si vous divisez un cercle en 8, vous obtenez des angles de 45 degrés. Cet angle (et ses multiples) a une importance capitale en tai chi.

L’approximation du cercle

Notre corps étant composé de segments articulés, nous ne pouvons pas être « sphériques ». Du coup, pour dévier une attaque, c’est typiquement en lui appliquant un angle de 45 degrés que nous pouvons la dévier. Plus, ce serait de l’effort inutile, voire contre-productif. Moins, cela peut se révéler insuffisant.

De plus, l’angle de 45 degrés se retrouve dans de nombreuses articulations du corps. On considère généralement que les hanches peuvent s’ouvrir entre 45 et 60 degrés en rotation externe et 30 degrés en rotation interne. Du coup, on a l’angle typique du pied arrière en pas de l’arc, ou des combinaisons dans les transitions (30+60=2×45=90 degrés). Le tronc peut aussi tourner à 45 degrés par rapport aux hanches, même si ce n’est pas typiquement exploité dans la forme car on privilégie généralement de garder les épaules au dessus des hanches.

Spatialement cet angle est également très intéressant, car il représente généralement les postures intermédiaires : entre votre bras le long du corps (épaule à « 0 » degrés) et votre bras dans l’alignement des épaules (épaule à « 90 » degrés), vous avez également une position médiane où l’épaule est à 45 degrés où la main vient généralement s’aligner avec la zone du dan tian (le centre du corps). Ce découpage en tranches de 45 degrés peut s’explorer sur les 3 plans (transversal, sagittal, frontal).

Les 8 techniques

Comme je vous le disais plus haut, on associe aussi généralement les 8 trigrammes aux 8 techniques du tai chi. J’aborderai cet aspect dans un prochain article, car il y a vraiment matière 🙂

Et bien voilà c’est tout pour cette première approche sur le ba gua en tai chi, j’espère que cet article vous a plu et vous aura aidé à vous poser des questions sur votre pratique!

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