Les 8 énergies du tai chi

Les 8 énergies du tai chi

Adoptez les huit trigrammes en parcourant les cinq éléments. Techniques et pas sont égal à huit plus cinq, soit treize, naturellement exprimés comme les Treize Dynamiques, connues aussi sous le nom de Huit Portes et Cinq Pas.

Voici un exemple de phrase que l’on retrouve typiquement dans les textes classiques du tai chi. Si vous ne savez pas ce que c’est cette histoire de trigramme et des portes, allez jeter un œil à mon article sur le bagua avant de continuer la lecture de cet article 🙂

8 techniques ou « énergie »

Vous l’aurez remarqué, dans le titre de cet article je parle « d’énergie » au lieu de techniques. Ce choix est volontaire car le problème avec le mot « technique » est que l’on associe généralement une technique à un mouvement spécifique. Je m’explique:

Lorsque vous faites le mouvement de « Parer » (du bras gauche, du bras droit, le double parer, peu importe…) vous manifestez la technique du « parer ». Mais l’énergie de parer (ou bien l’intention de parer, c’est une autre façon de le dire) est également présente dans les autres techniques de la forme. Croire que l’on applique l’intention de « parer » seulement dans le mouvement de « parer » est donc une erreur.

Mais quelles sont ces énergies ou techniques ? Les textes nous parlent de 4 techniques primaires et 4 techniques secondaires.

Les 4 techniques primaires sont:

  • Peng : parer, repousser
  • Lu : tirer, dévier
  • Ji : presser, joindre
  • An : pousser, avancer

Ces 4 techniques primaires sont celles de la séquence « saisir la queue de l’oiseau » qui enchaîne logiquement ces 4 mouvements : ce sont les mouvements le plus importants du tai chi chuan.

Les 4 techniques secondaires sont:

  • Cai : saisir, tirer vers le bas
  • Lie: séparer, déchirer
  • Zhou: (coup de) coude, dégager
  • Kao : (coup d’)épaule, percuter

Les 4 techniques secondaires sont souvent considérées comme des « plans B » lorsqu’il faut déstabiliser l’adversaire ou que la situation ne vous est pas favorable suite à une mauvaise application des 4 premières techniques. Attention, elles restent très importantes à étudier, mais pas au détriment des 4 principales.

Petite note sur la traduction : vous remarquerez que je vous ai mis chaque fois deux traductions. Certaines sont plus littérales que d’autres, voire un peu arbitraires de ma part. L’idée derrière cela est d’essayer de ne pas être trop restrictif sur l’idée qu’on peut se faire d’une technique. Sinon on pourrait vite penser que « un coup de coude » c’est « juste » un coup de coude, or nous l’avons vu que l’intention de cette technique peut être employée dans d’autres contextes. Faisons aussi attention à la façon dont sont utilisés certains mots. Je creuserai certainement cet aspect de la traduction dans un futur article en vous parlant du livre de Tai Ji Jin de Stuart Alve Olson.

Organiser les 8 énergies selon le Ba Gua

Les classiques associent à chacune de ces techniques un trigramme et une direction. Les 4 techniques principales utilisent les points cardinaux tandis que les 4 techniques secondaires occupent les coins. Dans les classiques, c’est l’organisation du ciel postérieur (dite « du roi wen ») qui est utilisée. Cela nous donne ceci :

Ceci étant dit, j’ai aussi trouvé des organisations qui utilisent le ciel antérieur. Comme je le disais dans mon article sur le ba gua, un ordre n’est pas plus « juste » que l’autre et nous offre simplement une perspective différente sur une même réalité. Et cela donne alors ceci :

Et juste pour le fun, j’ai aussi trouvé dans le manuel attribué à Yang Ban Hou un autre ordre. Est-ce une erreur, un problème de traduction, de retranscription… je ne sais pas. De toute façon ça ne change pas grand chose mais comme cela m’a pas mal intrigué je vous l’ajoute également. C’est une version un peu réorganisée du ciel postérieur.

Bon ils sont bien jolis tes schémas, mais je fais quoi de tout ça ?

Mais en voilà une bonne question ! En effet, c’est très joli, on serait tenté de croire qu’il y a une signification profonde et mystérieuse, que le trigramme est « la clé » de la compréhension de la technique… mais force est de constater que chaque école de tai chi interprète un peu à sa sauce chacune de ces techniques. C’est le problème quand les choses sont mal définies 🙂

L’autre souci je trouve, c’est que les trigrammes informent au final assez peu sur la nature de l’énergie. Enfin, peut-être si vous êtes un expert sur l’interprétation des traits yin et yang, et encore… j’en doute !

Du coup je me suis livré à un exercice original : essayer de mieux représenter les 8 énergies! Forcément, cet exercice de représentation est un peu biaisé par mon interprétation et compréhension de ces énergies, donc il se peut que dans votre école, votre lecture des choses soit un peu différente… j’espère néanmoins que vous trouverez ma version intéressante.

Bon, ça mérite quand même un mot d’explication… je ne vais pas me perdre dans une explication détaillée de chaque énergie, mais simplement expliquer un peu l’idée derrière chacune de représentation.

Description des 8 énergies

Parer – Péng 掤

L’intention de parer peut sembler un peu frontale de prime abord. Cependant, en tai chi, l’idée est plutôt celle d’un ballon rempli d’air. Si vous essayez de le plonger dans l’eau et puis que vous le relâchez, il ressort tout seul ! Pour moi, l’idée principale du parer est l’expansion du corps dans toutes les directions. Cette technique est souvent d’ailleurs considérée comme la plus importante car elle soutient toute la pratique du tai chi et est présente dans chaque mouvement. C’est aussi cette énergie qui est cultivée prioritairement en zhan zhuang.

Tirer – Lǚ 捋

A nouveau, tirer ou céder peut donner l’idée que l’on « recule ». Mais en tai chi, on évite de reculer ! Tirer, c’est surtout l’idée de dévier une force qui vient vers nous. Les classiques disent: « 4 grammes de force suffisent à déplacer 1000 kilos » et c’est bien de cela qu’il s’agit : l’art de guider la force de l’adversaire sans compromettre sa propre posture. Généralement, cela implique une rotation des avant-bras et d’avoir un côté qui « cède » tandis que l’autre côté « guide ».

Presser – Jǐ 擠

On pourra croire que « presser » s’applique à l’adversaire, mais en réalité, c’est surtout une description de ce qui se passe dans notre propre corps. Lorsque nos bras convergent l’un vers l’autre, notre énergie se focalise dans une seule direction. C’est pourquoi j’ai déformé la sphère pour indiquer qu’elle « pointe » vers l’avant et que j’ai ajouté deux flèches convergentes à l’intérieur car il s’agit d’un mouvement qui est globalement en fermeture.

Pousser – An 按

Pousser peut parfois donner l’idée d’une lutte contre une résistance. C’est pourquoi je préfère l’image de la vague qui déferle : souple, mais qui balaie tout sur son passage. C’est ce qui a guidé ma représentation. J’ai hésite sur la direction de la flèche. Pour être plus raccord avec la forme, j’aurais peut-être dû la faire passer par en dessous (les bras avancent « par en-dessous » à cause de la rotation des épaules), mais je trouve qu’une vague peut soit déraciner ou submerger… les deux marchent bien, à vous de voir ce qui vous parle 🙂

Séparer – Liè 挒

Lorsque vous appliquez une intention dans deux directions différentes (par exemple, dans Séparer les mains comme un éventail), vous appliquez l’énergie de séparer. Aussi appelée « déchirer » ce qui rend mieux l’idée qu’il y a une concentration initiale qui précède la séparation (c’est pourquoi mes flèches partent du centre du cercle). Bien souvent, cette technique requiert de s’approcher plus près de l’adversaire, ce qui en fait une technique secondaire.

Saisir – Cǎi 採

Il est parfois nécessaire de saisir l’adversaire. Typiquement, cette énergie s’applique au travers des mains pour saisir typiquement le poignet ou le coude pour ensuite appliquer une forte traction vers le bas. C’est un peu la version « choc » de tirer, en accentuant fortement la dimension de fermeture (d’où les flèches qui convergent : c’est la main qui saisit le corps qui se ferme). Elle est surtout utile si vous avez besoin de déstabiliser l’adversaire ou que vous n’avez pas su appliquer tirer correctement.

Coude – Zhǒu 肘

L’idée du coude est celui de la mobilité. Bien sûr, vous pouvez utiliser le coude pour faire une attaque à plus courte distance, mais c’est surtout la mobilité de vos coudes qui permet de restaurer une posture défavorable. Bien souvent en poussée des mains, contrôler les coudes de l’adversaire est une façon rapide de s’assurer le contrôle de tout son corps et seule une bonne mobilité à ce niveau permet d’éviter cela. C’est pour cela que j’ai mis en avant la dimension « circulaire » qui se fait en périphérie du centre.

Epaule – Kào 靠

Et enfin l’épaule. Qui par association représente tout le tronc. Cela représente réellement la dernière solution quand votre adversaire est vraiment trop proche de vous et que la seule solution reste de lui « rentrer dedans ». Cette énergie implique d’être bien centré et ancré avant d’avancer pour percuter l’adversaire, ce que je représente par une flèche partant du centre. Typiquement, cette attaque utilise l’épaule dans son expression. A nouveau, c’est une technique secondaire car l’idée n’est pas d’en arriver là si possible 😉

Le mot de la fin

Et bien voilà, c’est un sujet complexe que de parler de ces 8 énergies et malgré ma relecture attentive, j’espère que tout cela reste compréhensible. N’hésitez pas à me laisser un commentaire si quelque chose n’est pas clair ou si vous pensez que certaines représentations peuvent être améliorées 🙂

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