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Tai Chi

Les maîtres de tai chi sont des agents secrets

Récemment, je suis tombé par hasard sur la page Wikipedia du Guang Ping Yang t’ai chi ch’uan et j’ai été particulièrement surpris par l’histoire de la création de ce style. De quoi croire que les maîtres de tai chi devraient en réalité plutôt travailler en tant qu’agents secrets.

Le mythe de l’espion

Voici l’extrait de la page Wikipedia qui m’a particulièrement frappé :

Le disciple de Yang Pan-hou, détenteur de la lignée, était Wang Jiao-Yu, un Han (Chinois de souche) et un palefrenier de la famille impériale. Selon la légende, un jour, Yang Pan-hou entendit un bruit par-dessus la clôture et regarda pour voir Wang Jiao-Yu pratiquant la forme Guang Ping. Il a confronté Wang Jiao-Yu et a exigé une explication. Wang Jiao-Yu lui a dit qu’il avait secrètement observé Yang Pan-hou en train de pratiquer la forme Guang Ping pendant les heures magiques de 3 à 5 heures du matin. Yang Pan-hou a dit à Wang Jiao-Yu que s’il pouvait mettre son menton sur son orteil dans l’exercice du menton à l’orteil dans les 100 jours, il enseignerait à Wang Jiao-Yu. Et Jiao-Yu a réussi. Comme Wang Jiao-Yu était un Han, Yang Pan-hou prit Wang Jiao-yu comme élève et l’entraîna dans le style secret Guang Ping, et lui fit promettre de ne pas enseigner cet art tant que la dynastie serait au pouvoir.

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Cela ne vous dit pas quelque chose ? Et si ! Exactement (à peu de choses près) la même histoire que celle que l’on raconte à propos de Yang Lu Chan.

Une nuit, il a été réveillé par les sons de « Hen » et « Ha » au loin. Il s’est levé et a suivi la trace du son jusqu’à un vieux bâtiment. En jetant un coup d’œil à travers le mur cassé, il a vu son maître Chen Chang-xing enseigner les techniques de saisie, de contrôle et d’émission de jin en coordination avec les sons « Hen » et « Ha ». Il a été émerveillé par ces techniques et à partir de ce moment-là, à l’insu du maître Chen, il a continué à regarder cette séance d’entraînement secrète tous les soirs. Il retournait ensuite dans sa chambre pour réfléchir et étudier. Grâce à cela, ses capacités martiales ont progressé rapidement. Un jour, Chen lui a ordonné de s’entraîner avec les autres disciples. À sa grande surprise, aucun des autres élèves n’a pu le battre. Chen a réalisé que Yang avait un grand potentiel et après cela, il lui a enseigné sincèrement les secrets.

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Vous connaissez déjà ma position sur cette anecdote à propos de Yang Lu Chan, autant vous dire qu’ici c’est la même chose : non, on n’espionne pas les maîtres et devient subitement super fort au point de recevoir l’enseignement. Honnêtement, si on arrive à espionner en secret suffisamment longtemps que pour apprendre quoi que ce soit, il faut plutôt se reconvertir en agent secret.

Le mythe du style secret

Quand on lit toutes ces anecdotes, il convient d’arriver à faire la part entre les faits et la fiction. Bien souvent, on retrouve la fameuse « transmission secrète » du tai chi qui n’aurait pas été enseigné au sein de la lignée officielle (c’est clair, on n’enseigne pas à ses fils ses secrets, quelle idée ?) et c’est grâce à un heureux hasard (vraiment ?) qu’un maître devient le seul héritier d’un style unique, précieux et authentique (et j’imagine, très cher à apprendre).

Si jamais vous aviez un doute…

Cela s’est déjà vu avec le tai chi « michuan », le style secret « du serpent » et ici encore, avec le tai chi « guang ping ». Attention, cela ne veut pas dire que ces pratiques ne sont pas bonnes ou intéressantes (par exemple, j’ai été amené récemment à réévaluer ma position sur le style michuan qui contient des éléments intéressants, et dont certains représentants ont un grand talent). Mais ce serait chouette qu’on se débarrasse des histoires de comptoirs qui servent à « légitimer » des pratiques.

Les faits plutôt que l’histoire

Plutôt que de continuer à se servir d’arguments d’autorité, d’histoires fallacieuses et de rhétorique bancale, ce serait bien que la communauté du tai chi grandisse et valorise les spécificités de leur pratique sur base d’éléments objectifs : pourquoi est-ce « mieux » ou intéressant de pratiquer de telle ou telle façon ?

Vous avez déjà certainement rencontré des pratiquants qui font les choses différemment de vous :

  • « Nous on garde le poids sur la jambe arrière »
  • « Nous on garde les hanches de face »
  • « Nous on glisse le talon »

J’en passe. C’est bien de faire différemment, encore faut-il savoir pourquoi ! Et peut-être que chaque « camp » à raison, et qu’il est en réalité intéressant dans certaines situations de faire d’une façon, et de l’autre dans d’autres cas. Ou bien même, qu’il est intéressant de se concentrer sur une façon de faire afin de « forger » des habitudes corporelles plutôt que s’éparpiller.

Une chose est sûre : ce n’est pas avec des histoires improbables que l’on va faire progresser la pratique.

One reply on “Les maîtres de tai chi sont des agents secrets”

Je me dis que ces histoires de maîtres de taiji espionnés en secret sont peut-être une façon de montrer à quel point ce style était convoité et donc à quel point il est remarquable et envié et donc à quel point ceux qui le pratiquent font partie d’une « élite » et donc à quel point il a de la valeur – y compris marchande .

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