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Les 24 règles de Chen Zhōnghuá

Vous connaissez certainement les 10 principes de Yang Cheng Fu. J’ai trouvé ici une liste de 24 règles fournie par Chen Zhōnghuá, un maître du style chen (practical method). J’ai toujours bien apprécié l’approche de ce maître, très ancré dans les aspects biomécaniques concrets sans pour autant « mécaniser » à outrance les concepts du tai ji quan. Prêts pour cette liste de règles ? Allons-y !

Note: j’ai traduit ça au mieux mais évidemment n’hésitez pas à vous référer au texte original. Nous savons bien que la traduction est parfois trahison 🙂. J’ai d’ailleurs occasionnellement supprimé des passages redondants. Les règles font parfois explicitement référence à la « méthode pratique » (pratical method) qui est une variante spécifique du style chen (ou même, une méthode à part entière selon les catégories).

Les règles

  1. Le principe du Taiji est le principe du Yin et du Yang (Principe taoïste des oppositions complémentaires).
  2. Pratiquer le Taiji, c’est « séparer » ou « diviser » le Yin et le Yang. Parmi les exemples spécifiques de séparation du Yin et du Yang, on peut citer : le haut et le bas, la gauche et la droite, l’avant et l’arrière, l’intérieur et l’extérieur, ainsi que le système mécanique des leviers. [Un levier est une machine simple constituée d’une tige rigide pivotant sur une charnière fixe ou un point d’appui. L’apparition d’une force d’entrée (l’effort) dans un système de levier entraîne automatiquement une force de sortie (la charge ou la résistance). Ainsi, un levier est une illustration du concept de séparation Yin-Yang.]
  3. En pratique, chaque mouvement de Taiji a une composante dynamique et une composante statique. Il y a des parties du corps qui bougent et, simultanément, d’autres parties qui ne bougent pas. En d’autres termes, [grâce à l’entraînement au Taiji] les parties désordonnées et chaotiques du corps sont transformées en parties ordonnées qui ont une structure, comme un corps bien ajusté et compact qui fonctionne en principe comme une charnière de porte. [L’objectif est d’entraîner chaque mouvement de Taiji à suivre le principe de la séparation Yin-Yang. Le même principe se retrouve dans l’utilisation d’objets physiques de tous les jours. Prenons l’exemple d’une simple charnière de porte. Dans une telle charnière, la porte et le cadre sont reliés par une tige centrale. Par conséquent, la porte et le cadre peuvent tourner l’un par rapport à l’autre autour d’un axe de rotation fixe. La porte et le cadre qui bougent représentent la composante dynamique et l’axe fixe représente la composante statique].
  4. Pour obtenir une « séparation », il faut d’abord un « ancrage ». Il doit y avoir un point d’ancrage pour qu’une « séparation » se produise aux deux extrémités. [Les analogies physiques pour illustrer le concept d’ancrage sont le point d’appui (le point de pivot), l’axe de rotation ou un point critique dans l’équilibre de phase]. [Pour un mouvement de Taiji, au début, le point d’ancrage se situe au « dantian »: un point au centre du corps]. Plus tard, il peut se situer n’importe où dans le corps. Ce point d’ancrage est l’axe. L’axe peut être un point ou une ligne. [La différence entre un point d’ancrage et une ligne d’ancrage est la suivante : ] Un point est un axe à orientations multiples ; une ligne a une seule orientation. Un autre type d’ancrage se situe en dehors de l’axe. Ce type d’ancrage peut être un point (par exemple, la poignée de la porte) ou un plan (par exemple, la surface de la porte) qui existe en dehors du point d’appui. Une porte tournante est également une illustration d’un ancrage en dehors de l’axe central. Un point d’ancrage peut être un point, une ligne ou un plan et peut être placé n’importe où – à l’intérieur ou à l’extérieur du corps.
  5. L’entraînement aux arts martiaux chinois nécessite un entraînement à la force. La force physique est une force. La relaxation est une force. La rigidité est également une force. L’entraînement consiste à utiliser la force correctement, conformément aux principes du Taiji.
  6. Les stratégies de la méthode pratique sont les suivantes : grand contre petit ; rapide contre lent ; long contre court ; lourd contre léger et précision contre déviations.
  7. S’entraîner à la méthode pratique, c’est apprendre à maîtriser le temps, la distance et l’angle. Maîtriser la synchronisation est la même chose que maîtriser la vitesse. Cependant, nous nous intéressons à la « vitesse effective » et non à la « vitesse absolue ». Maîtriser la distance signifie contrôler l’espace entre deux points du corps ou l’espace entre vous et votre adversaire. Maîtriser l’angle signifie comprendre la direction de l’adversaire. L’objectif de chaque aspect de l’entraînement est l’efficacité.
  8. La synchronisation, la distance et l’angle sont obtenus grâce à l’entraînement de la coordination complexe de l’ensemble du corps selon des principes corrects. Cette coordination est également connue sous le nom d' »ajustement ». L’action et le résultat sont concrets, même si parfois l’action n’est pas perceptible ou si le résultat semble invraisemblable. L’ensemble du concept est souvent désigné sous le terme générique de « kung-fu » en raison de la difficulté requise pour parvenir à cette compréhension.
  9. Les exercices de Taiji nécessitent une compréhension de la position et de la fonction de la tête, des mains, des pieds, des poignets, des chevilles, des coudes, des genoux, des épaules, des hanches, de la taille et de l’entrejambe, etc. Dans la méthode pratique, nous mettons particulièrement l’accent sur la taille, l’entrejambe et la hanche. Le kua et les épaules constituent une autre zone de difficulté dans l’entraînement. En général, l’entraînement exige que chaque partie du corps remplisse correctement sa fonction.
  10. Dans la Méthode Pratique, les seuls mouvements sont : avec ou contre [le flux], les cercles positifs et négatifs, l’auto-retour et les révolutions. Les autres mouvements sont basés sur les mouvements fondamentaux de la méthode pratique.
  11. Il y a trois sections allant de la base des pieds au sommet de la tête. Il y a trois sections de la main gauche à la main droite.
  12. La structure [du corps] comporte des points fixes et des règles. Les règles sont les suivantes : L’extérieur ne peut pas être à l’intérieur ; l’intérieur ne peut pas être à l’extérieur ; l’intérieur et l’extérieur ont chacun leurs propres devoirs ; le devoir de l’intérieur est de ne pas sortir ; le devoir de l’extérieur est de ne pas entrer.
  13. La main est toujours à l’extérieur. Le dantian est toujours à l’intérieur. La main ne peut pas bouger et le dantian ne s’arrête jamais.
  14. [La section du corps peut être divisée en deux séries de trois anneaux concentriques. L’anneau intérieur s’étend de la ligne médiane (colonne vertébrale) à l’épaule et au kua. L’anneau moyen s’étend de l’épaule et du kua aux coudes et aux genoux. L’anneau extérieur s’étend des coudes et des genoux aux mains et aux pieds. Les règles régissant les interactions entre chaque anneau sont les suivantes :] L’anneau intérieur peut travailler avec l’anneau moyen ; l’anneau moyen peut travailler avec l’anneau extérieur. L’anneau extérieur ne peut jamais travailler avec l’anneau intérieur.
  15. La force provient du sol/du pied (coup de pied) ; le contrôle se fait au niveau de la taille (ajustement) ; l’atteinte se fait avec la main (toucher).
  16. Chaque section du corps accomplit sa propre tâche, mais de manière coordonnée. Toutefois, cette coordination ne signifie pas que chaque action s’effectue dans la même direction, en même temps ou en dupliquant la fonction d’une autre section. L’action globale de toutes les parties du corps ne doit pas se tordre dans les mêmes directions.
  17. N’utilisez pas la force, apprenez à la guider et à la conduire. La force de votre corps doit être transmise au corps de votre adversaire. Les jambes servent à transmettre la force, une poussée ou une traction est également le résultat de la transmission de la force.
  18. Utilisez le mouvement de votre propre corps pour créer de la puissance, mais le corps doit contrôler la portée de la puissance statique. [C’est le principe de la puissance indirecte.]
  19. « Poussée des mains » est un terme technique utilisé dans la pratique du Taiji, il ne s’agit pas d’une méthode pour pousser l’adversaire. En fait, lorsque vous pratiquez la « poussée des mains », vous ne devez pas utiliser l’action physique de « pousser ». Dans l’entraînement à la »poussée des mains », vous apprenez à utiliser la main pour appuyer sur la gâchette. En d’autres termes, vous vous entraînez de manière à ce que votre action puisse illustrer la maxime du Taiji qui consiste à « utiliser quatre onces pour déplacer un millier de livres ». C’est aussi un moyen de s’entraîner à « libérer de l’énergie » (fa jin).
  20. Afin d’utiliser la force, de libérer l’énergie ou d’exécuter une technique, le corps doit être soumis à la pression d’une compression vers le bas. (L’illustration physique la plus simple de ce concept de corps sous pression est la règle selon laquelle l’épaule doit tomber sur le kua). Cette pression est nécessaire parce que les forces du corps partent du sol et remontent vers le haut.
  21. La force doit être verticale (c’est le concept de Shun) ; la force ne doit pas être horizontale (c’est le concept de Ni).
  22. Une technique exige un engagement total ; vous ne pouvez pas céder ne serait-ce qu’un pouce.
  23. Les pieds sont plus rapides que les mains
  24. Lorsque le haut se déplace, le bas est immobile ; lorsque le bas se déplace, le haut reste immobile. Lorsque l’action du haut et du bas doit se produire en même temps, ils doivent agir dans des directions opposées.

Commentaires

Sans surprises, on retrouve dans ces règles des lieux communs du principe du tai chi.

Un des grands points qui apparaît clairement dans les règles de Chen Zhonghua est le principe de la « charnière » qui met bien en évidence l’importance d’avoir une partie statique qui sert de pivot. Si tout bouge, alors il n’est pas possible d’avoir un pivot.

Le rappel qu’en « poussée des mains » on ne « pousse » pas ne manque évidemment pas d’être utile (règle 19) car évidemment le terme est plus que trompeur 🙂

Mais on y retrouve également des aspects plus spécifiques du style de Chen Zhonghua, qui requièrent parfois des explications complémentaires par être clairs. C’est par exemple le cas du concept shun/ni qui représentent des spirales négatives/positives (donc, c’est juste une façon d’indiquer une direction). Dans la règle 21, comme la force spirale autour d’un axe et selon la direction de la gravité, elle spirale verticalement sans jamais être horizontale.

La règle 14 peut également être un peu ardue à comprendre mais implique « simplement » que sur un élément à trois section (le bras par exemple, composé du poignet, coude et épaule), les deux extrêmes (l’épaule et le poignet) ne peuvent jamais travailler directement ensemble, et qu’il y a toujours une transition qui se fait par l’intermédiaire du coude. Cela parait inévitable, mais c’est surtout une question de contrôle : lors d’un mouvement, vous devez garder « statique » les parties qui ne sont pas impliquées. (on en revient à la règle 3).

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