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Tai Chi

Les 10 principes de Yang Cheng Fu – Partie 1

Cette liste de 10 principes, transmise selon l’instruction orale de Yang Cheng Fu et retranscrite par Chen Weiming constitue l’une des référence classique pour tous les pratiquants de tai chi. Comme bien souvent, ces principes sont tournés d’une manière à ce qu’ils soient faciles à retenir ou chanter (enfin, en chinois en tout cas…).

On les retrouve d’ailleurs souvent sous une forme ou une autre chez d’autres auteurs ou pratiquants de tai chi chuan. Leur interprétation peut varier également… surtout que comme bien souvent, ces principes ne sont pas nécessairement clairs sans explications supplémentaires. C’est d’ailleurs pour cela que Chen Weiming a associé à chacun de ces principes quelques explications sommaires qui sont d’ailleurs, assez étonnamment, peu reprises dans les traductions que l’on retrouve habituellement (je ne les propose d’ailleurs pas dans ces articles, ce serait trop long à décortiquer).

Retrouver l’essence des principes de Yang Cheng Fu

Dans cette série d’article, je vais reparcourir avec vous les 10 principes de Yang Cheng Fu. Je ne peux pas prétendre les traduire, car je ne parle pas chinois (d’ailleurs, je ne peux d’ailleurs pas garantir, malgré mes efforts pour fournir les idéogrammes corrects, que je n’ai fais aucune erreur dans cet article… si un érudit passe par ici, qu’il n’hésite pas à me corriger si besoin!). Néanmoins, je vous reprendrai le texte original assez que les traductions habituellement proposées. Pour ma part, je considère qu’il faut de toute façon faire preuve d’un peu de créativité pour trouver une traduction qui ait du sens et qui ne soit pas juste une traduction creuse, comme on en trouve parfois.

Comme référence, je vais prendre la traduction française proposée dans le livre Maîtriser le style Yang de Taiji Quan, écrit par Fu Zhongwen, traduit de l’anglais par José Carmona. Après… je vous laisse juger de la version que vous préférez, celle de la traduction ou la mienne :-).

Si jamais vous voulez retrouver les versions françaises proposées dans cet article…

Premier principe : xū líng dǐng jìn – 虛靈頂勁

Une énergie intangible et vivante soulève le sommet de tête

Maîtriser le style Yang de Taiji Quan, p. 57

Je ne sais pas pour vous, mais je trouve que le terme « une énergie intangible et vivante », c’est très ouvert à interprétation. Je me garde d’ailleurs bien souvent d’utiliser le terme « énergie » quand je parle de ce qui se passe en tai chi à cause de la perception parfois très variable qu’ont les pratiquants de ce terme. Du coup… ça me chiffonne. Replongeons un peu dans l’original.

  • xū 虚 signifie vide, creux, insubstantiel.
  • líng 灵 veut dire numineux (divin, pour ceux qui trouve ce mot bizarre…), mystérieux (mais on trouve aussi des versions avec un autre ling 领 qui veut dire collier, cou, diriger).
  • dǐng 顶 c’est la couronne, le sommet du crane.
  • jìn 劲 c’est la force interne, la force raffinée, ou « l’énergie ».

Honnêtement, ce premier principe donne bien du mal aux traducteurs car j’ai déjà vu tout un tas de traductions différentes… et pour cause, quand on voit la signification des 4 mots qui composent ce principe. Mais du coup, essayons un peu de comprendre ce qu’il pourrait y avoir derrière.

La tête suspendue à un fil

Bon allez, je vends la mèche, voici ma version de ce principe. Une chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est de dire que ce principe décrit le maintien de la tête. En tai chi, on parle souvent du sommet du crâne qui est suspendu à un fil, et j’apprécie cette image car elle exprime bien le lâcher prise nécessaire : on ne « pousse » pas la tête vers le haut volontairement, on la « laisse » s’étirer, grâce à la force interne. Celle-ci se mobilise toute seule une fois que l’intention est correcte, il n’est donc pas nécessaire à mes yeux de la mentionner explicitement.

Au-delà de l’aspect purement postural, cette intention primaire (c’est, après tout, le premier principe), donne à l’ensemble du corps une forme de mobilité difficile à décrire, presque mystérieuse. Derrière ce principe se cache l’étirement de la chaîne antéro-postérieure sans lequel les mouvements perdent en fluidité. On ne parle que de la tête dans ce principe, mais l’impact sur le corps est global : le menton rentre légèrement, la nuque s’étire, il y a une extension thoracique qui se produit… et cela nous amène directement au deuxième principe qui fonctionne en tandem avec le premier.

Deuxième principe : hán xiōng bá bèi – 含胸拔背

Contenir la poitrine et dresser le dos

Maîtriser le style Yang de Taiji Quan, p. 57

Ah, je suis presque content de cette traduction, car au moins elle ne commet pas l’écueil de dire « creuser la poitrine » comme on entend parfois, car malheureusement cette traduction là donne vraiment tendance à se voûter ou comprimer les poumons.

Contenir, c’est pas encore parfait, mais ça fait l’affaire quand on comprend de quoi il s’agit. Dans la suite de suspendre la tête à un fil, nous avons donc le menton qui rentre, la nuque qui s’étire… et une extension thoracique. Cette extension se produit « par l’intérieur », c’est tout l’inverse de bomber le torse. Par contre, « dresser » le dos… je sais pas, ça sonne bizarre en français pour moi. Je suis donc parti sur…

Contenir la poitrine et étirer le dos

Le deuxième principe doit, à mes yeux, contenir (ahah….) l’idée d’étirement sous peine de rater son objectif et manquer de cohérence avec le premier principe. Comme je le disais plus haut, ces deux premiers principes doivent vraiment être vus comme un duo:

La tête suspendue à un fil,

contenir la poitrine et étirer le dos

Bref, c’est comme une bonne recette de cuisine : il ne faut pas en rester à la première étape 🙂


Et voilà, c’est tout pour cette première partie. La suite en 2021 à mon avis !

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