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Tai Chi

Des traductions, ou pas

C’est le choc ! Oui ça m’a pris un peu par hasard et je ne résiste pas de vous partager ma découverte. Le livre de Jean Gortais « Taiji quan, l’enseignement de Li Guanghua » est depuis longtemps dans ma bibliothèque. C’est un livre très complet et un des rares à expliquer le san shou (la forme avec partenaire) ce qui a longtemps valu qu’il soit haut dans mon estime… jusqu’à aujourd’hui (roulements de tambours).

La version officielle

Le livre dont je vous parle aujourd’hui

J’ai donc relu l’introduction. Officiellement, ce livre est la traduction des notes du maître, remises à l’auteur par son ami Tong Juoshiang. Afin d’en faire un guide complet, l’ouvrage propose également des extraits d’autres maîtres (zheng manqing, dong yingjie, yang cheng fu…). De manière générale, l’auteur prend grand soin de citer ses sources (encore que, bonne chance pour retrouver le texte original 🙂 ). Enfin… jusqu’au chapitre sur le San Shou (la dispersion des mains, ou plus simplement, la forme avec partenaire). Car là, rien du tout, pas de citation… serait-ce donc oeuvre du maître ? Pas du tout !

Merci Chen Yanlin

Si vous connaissez ce blog, vous savez que j’apprécie particulièrement les traductions disponibles sur Brennan Translations. Et qu’est-ce qu’on y trouve… ? Un texte de Chen Yanlin sur le San Shou, paru en 1943. Et autant dire que le texte se ressemble diablement ! Je vais ai scanné un extrait juste pour le fun. On compare ?

Un air de déjà vu

Cet entraînement libre et martial a une grande importance dans le Taiji quan tant pour acquérir l’habilité des mouvements que pour éprouver la relaxation d’énergie à deux. La dispersion des mains prolonge l’exercice de l’Opération des Mains. Dans ces derniers, on manque souvent d’énergie adhérente et déviante et pour les développer [no comment sur le français bancal].

In Taiji Boxing, the sparring set is one of the major practices. It can make up for the ways in which pushing hands and large rollback are lacking. Generally when doing pushing hands or large rollback, if you become easily disconnected from your opponent’s hands, or if you are having trouble sticking, warding off, or neutralizing, then the sparring set is valuable.

Chen Yanlin, TAIJI TWO-PERSON SET (TAIJI SANSHOU DUIDA)

Ou encore…

  1. PAS EN AVANT ET DONNER UN COUP DE POING
    A avance un pas gauche d’abord, un pas droit ensuite et donne de poing vers le creux de la poitrine de B la gueule du tigre vers le haut. En même temps, il assouplit la taille et les hanches, prend la posture de l’archer et regarde vers l’avant.

A, first step forward with your left foot, then with your right foot, striking to B’s solar plexus with your right fist (tiger’s mouth facing upward), loosening your hips to make a posture between a bow stance and a horse-riding stance. Your gaze is forward. See drawing 1.

Chen Yanlin, TAIJI TWO-PERSON SET (TAIJI SANSHOU DUIDA)

Verdict ?

Je pense que c’est assez clair… le texte est une traduction pure et simple de celui de Chen Yanlin. Je suis vraiment déçu de voir qu’aucune mention n’a été faite dans le livre, ce qui aurait permis de mieux contextualiser ce texte… d’ailleurs tant qu’à faire, autant vous dire (car j’ai dû aussi fouiller) que Chen Yanlin semble être aussi connu sous le nom de Chen Kung, le fameux étudiant de Yang Cheng Fu qui aurait « emprunté » les manuscrits de la famille Yang pour les copier en douce en une nuit (encore une autre belle histoire qui mériterait d’être investiguée…).

En fait… pour peu ce n’est même pas Chen Yanlin l’auteur, qui aurait juste recopié un texte antérieur (et anonyme) qui lui aurait été attribué. Qui sait ?

Une réponse sur « Des traductions, ou pas »

Le taichi est une jolie pelote de laine bien emmêlée! Démêler le vrai du faux tant dans l’origine de cet art que dans les anecdotes qui y sont liées n’est pas une mince affaire, semble faire partie du jeu et entretenir un certain mystère.
Quelles sont les réelles origines du taichi? Plus je lis et moins je comprends: qui se nomme qui mais se fait appeler comment? Quel sens donner à tel mot chinois? Des mots aussi concis que « song » en chinois laissent place à l’interprétation en français (ou en anglais etc;..) car un équivalent exact n’existe pas. C’est un peu comme les Inuits qui ont une vingtaine de mots pour dire NEIGE alors que nous n’en avons qu’un…

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