Categories
Tai Chi

La forme des 108 mouvements

En tai chi, la forme des 108 mouvements du style Yang est sans doute la forme la plus connue. Appelée « forme longue » ou « forme solo », elle a été popularisée par Yang Cheng Fu et ses disciples.


Mise à jour ! Ma formation sur la forme longue est dès à présent accessible.


Il s’agit d’une série de mouvements physiques à mains nues pour apprendre à manœuvrer et à affiner le corps. Selon l’intention du pratiquant, un mouvement peut être exécuté de différentes manières pour obtenir différents résultats.

C’est grâce à Yang Cheng Fu que nous avons des livres explicatifs et des photos de la forme. Avant cela, il s’agit d’une transmission orale, même s’il existe bien ce manuel attribué à Yang Banhou (à propos duquel j’aimerais bien faire un article d’ailleurs!), mais de là à savoir si c’est vraiment Yang Banhou qui l’a écrit, c’est une autre question.

Lorsque l’on parle de forme des 108 mouvements, nous faisons référence à la forme de Yang Cheng Fu (notons qu’il n’y a que 104 photos sur ce poster…)

Mais pourquoi 108 mouvements ?

Simplement car c’est un nombre qui est considéré comme sacré. 1 et 0 représentent le yin-yang, et le 8 signifie la plénitude, la multitude: c’est un nombre particulièrement propice dans la culture chinoise. 8, c’est également les 8 directions du Ba Gua. En somme, 108 c’est un peu comme un code pour dire que c’est la fusion du yin-yang et du ba gua 🙂

Du coup, il n’y a rien d’étonnant que si vous faites la liste des mouvements, elle semble un peu artificielle. Certains mouvements « longs », comme « saisir la queue de l’oiseau » compte pour un seul mouvement, ce qui n’est pas très logique car il faudrait en réalité les découper en différents mouvements. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle parfois la forme longue est considérée comme n’ayant que 105 ou même 85. Ceci dit, « 5 » ce sont les 5 éléments, et donc 8 + 5, ça fait ba gua et 5 éléments, c’est pas mal non plus comme signification.

Les variantes

De hauteur

Il existe 3 hauteurs dans la façon de pratiquer la forme:

  • La grue: c’est le niveau de pratique du débutant. La pratique se fait assez haute et permet d’acquérir la structure générale de la forme.
  • Le tigre: cette pratique se fait plus bas, plus ramassé. Elle permet de travailler plus l’aspect martial et développe la puissance des jambes.
  • Le serpent: c’est la pratique la plus basse. Elle requiert beaucoup de puissance et de souplesse, ainsi que certains ajustements des mouvements.

D’amplitude

Yang Cheng Fu est connu pour avoir popularisé un style dit de « la forme large ». L’idée derrière cela est de dire qu’il faut d’abord étirer le corps, ce qui est plus intéressant pour la santé. On dit aussi souvent que Yang Cheng Fu a « simplifié » la forme pour la rendre moins martiale, ce qui n’est pas entièrement vrai.

Au même titre, il existe aussi des « formes moyennes », « formes intermédiaires » ou même des « petites formes », qui sont plus compactes. Mais est-ce la même forme? Même si, dans mon dernier article sur Fu Zhongwen, celui-ci explique qu’il n’existe qu’une seule forme et que tout le monde pratiquait la même chose, force est de constater qu’il y a à ce jour de nombreuses variantes.

Même les photos que nous avons de Yang Cheng Fu ne nous aident que moyennement. Il est difficile de savoir ce qu’avait Yang Cheng Fu en tête en faisant ces photos. Voulait-il enseigner la forme « publique » ? Ou au contraire était-il prêt à dévoiler des postures plus avancées? Copier aveuglement ces photos n’est peut-être pas une si bonne idée si on ne comprend pas pourquoi les postures sont exécutées comme le fait Yang Cheng Fu.

Vous l’aurez compris, il y en tout cas des variantes. Pour ma part, je pratique la forme moyenne, telle que transmise par Yang Shou Zhong, le fils de Yang Cheng Fu. Celui-ci décrit la forme moyenne comme plus martiale tout en restant excellente pour la santé. Une sorte de couteau-suisse du tai chi.

Un petit cadeau pour terminer l’article

Lorsque j’ai appris la forme longue des 108 mouvements, je me souviens qu’il était parfois difficile de retenir la séquence. C’est d’ailleurs un des intérêts et difficulté de la forme longue : elle requiert une bonne concentration pour pouvoir enchaîner les mouvements sans se tromper, surtout que certains mouvements se répètent plusieurs fois.

Si c’est votre cas, je vous ai préparé une petite liste… il suffit de cliquer pour la télécharger. J’y indique aussi les directions de référence, au cas où vous « perdez le nord » 😉

Cliquez pour télécharger la liste! (note : cette liste peut ne pas correspondre tout à fait à ce que vous faites dans votre école, il y a parfois des petites variantes).

5 replies on “La forme des 108 mouvements”

Merci pour cet article qui me donne envie de m’y mettre même si cela paraît colossale de retenir les 108 mouvements tout en entraînant son corps.
Si je vais en coûts de tai chi style yang les mouvements seront toujours les mêmes si je déménage ou change de ville. C’est fixe comme routine ?

Merci beaucoup en tout cas

Bonjour !
Oui cela met du temps à apprendre… de 1 à 3 ans en moyenne selon les élèves, leur aptitude, leur pratique… La bonne nouvelle c’est que la forme est faite de 3 sections qui sont autonomes. Donc en soi, on peut déjà apprendre la 1ère section et ne pratiquer que ça… c’est d’ailleurs ce que je fais souvent, tant en terme de place que de temps.
Globalement la séquence est la même au sein de toutes les écoles mais il y a des variations dans l’interprétation et l’exécution des mouvements. Donc malheureusement, quand on change d’école on se retrouve à devoir changer sa forme. Parfois, c’est pour le mieux car on approfondit sa pratique, mais parfois c’est vraiment contrariant de changer arbitrairement certains mouvements. Certains écoles ont des branches un peu partout dans le monde, mais même au sein d’une même école, chaque professeur peut avoir des petites différences, selon la rigueur avec laquelle la forme est pratiquée.

Pourquoi 108 ?… En raison de la valeur ‘magique’ des nombres, comme il a bien été expliqué. On peut s’intéresser à l’origine de ces valeurs ‘magiques’ et — au risque d’étirer un peu trop l’élastique — découvrir de nouvelles associations. Voici donc une ‘promenade’ dans divers aspects d’une interprétation différente de celle donnée.

Nous ne prétendons pas présenter une ‘preuve’ (à la manière d’un faisceau de lumière concentré qui balaye la scène). Non. Mais une ‘matière à réflexion’ (à la manière de la vision périphérique humaine, globale, qui permet au cerveau de percevoir un ensemble qui échappe à une focalisation trop précise).

Plusieurs civilisations comptaient sur leurs doigts à l’origine. Le 5 et le 12 prennent de l’importance : le 5 pour des raisons évidentes (doigts d’une main, branches radiales d’une étoile de mer, excroissances radiales du tronc — bras, jambes, tête —, etc.); le 12 parce que le pouce d’une main compte les phalanges, phalangines et phalangettes des 4 autres doigts de la main. En comptant jusqu’à 12 d’une main et le nombre de fois 12 de l’autre, j’arrive à 5 x 12 = 60 : nombre ‘utile’ par le fait qu’il se divise par 2, 3, 4, 5, 6 (et plus) sans produire de fraction. Commode pour une civilisation primitive qui ne les a pas encore découvertes, les fractions. C’est ‘magique’.

Le chiffre 3 (sāam) est proche de la phonétique du mot ‘vie’ (sāang) : un chiffre de bon augure. Encore pour des raisons de similitudes phonétiques, le chiffre 6 est ‘chanceux’. Et 6 est le double de 3, qui rappelle la complémentarité Yin Yang. Est-ce un hasard que le *triangle* équilatéral soit le signe de la divinité dans d’autres civilisations ? Est-ce un hasard que la structure du langage qui forme le canevas de la communication, et donc de la pensée, soit basée sur *trois* composantes (sujet, verbe, complément) ? Est-ce un hasard que l’étoile de David soit à 6 branches ?

On sait, pour l’Europe, l’erreur d’avoir cru à une année de 360 jours. Il fallait bien que la sphère céleste se plie à la ‘magie’ des nombres, que cette magie unisse macrocosme et microcosme : 360 = 6 x 60 = (2 x 3) x (5 x 12). Nos rapporteurs d’angles sont divisés en 360 degrés, ce n’est pas pour rien. Les chinois avaient-ils cette même division du cercle en *degrés* ? Je ne peux l’affirmer. Mais on a trace écrite d’un mathématicien chinois qui avait produit un algorithme capable de calculer la longueur d’un arc de cercle de 1 degré avant les mathématiciens européens : l’idée d’une utilisation des 360° par les chinois n’est donc pas totalement fallacieuse.

On sait l’importance du chiffre 5 en Chine et les 5 éléments associés. On sait aussi comment les passages entre ces éléments forment une étoile à 5 branches, comment le coeur de cette étoile (de même que le tracé qui relie ses pointes) forme un pentagone régulier. Or l’angle entre les côtés du pentagone est de 108° et on trouve des angles de 36° et 72° dans les pointes : 36 + 72 = 108. Est-ce un hasard que la ‘Légende des 108 *Étoiles* du destin’ (du roman chinois Shui Hu Zhuan divise ces 108 en 36 esprits célestes et 72 guerriers terrestres ? Ceux qui rattachent les 108 mouvements du taichi à cette légende se sont-ils arrêtés à mi-chemin de l’exploration qui mène au nombre 60 magiquement divisible sans laisser de fraction, en comptant sur ses doigts ?

Mais qu’était le dessin du Taiji Tu avant de devenir ces deux « poissons » qui se courent après en formant une « vague » qui fait frontière entre les deux ?… Deux spirales imbriquées. Pas au tout début, mais à une époque de son histoire. On sait l’importance de la nature dans la culture chinoise, et comment ‘Nature’ est lié à l’idée de processus continus entrelacés dans des complémentarités mutuelles, plutôt qu’à l’idée de ‘LOIS (naturelles)’ qui est un concept européen de ‘gouvernance’ issu de l’idée particulière que se fait l’Occident (et le Moyen-Orient) de la divinité : un Dieu potier qui — à partir de la glaise et de la poussière — façonne, fabrique et dicte des Lois à ce qu’il a créé. Est-ce un hasard, que ce concept du Grand Potier Omnipotent soit né dans une région où abondaient les cités-états, un sol de limon fertile engendré par la fonte post-glaciation d’il y a 20.000 ans, une région autrefois inondée où sont apparues les constructions faites de briques séchées au soleil et la poterie ? Mais pour la Chine, la ‘Nature’ est liée au Tao, le Tao au Yin / Yang, le Yin / Yang à cette double spirale imbriquée.

Les européens aussi ont une spirale préférée : la spirale de Fibonacci. Et assez étrangement, cette spirale de Fibonacci se retrouve (presque parfaite, mais jamais totalement) dans le nature : dans les fleurs, les coquillages, les fougères, etc. La spirale de Fibonacci semble faire partie des ‘lois’ (régularités) de la ‘nature’, et son double tracé imbriqué donne ce que fut le Taiji Tu à une époque antérieure. Or la spirale de Fibonacci est associée au Nombre d’Or (qui a joué un rôle non négligeable dans l’expression artistique). Mais ce même Nombre d’Or est *aussi* donné par les ratios des segments qui composent l’étoile à 5 branches tracée par la mise en relation des 5 éléments, séparés par des angles de 36° et 72° dont la somme fait 108°, qui est l’angle intérieur des pentagones inscrit et circonscrit.

Ce 108… il est ‘magique’ à plus d’un égard.

Et certaines écoles de taichi *s’obligent* à s’en tenir à 108 mouvements coûte que coûte. C’est ainsi qu’une association mondiale que je ne nommerai pas compte chacun des « Repousser le singe » (à gauche ou à droite) comme UN (1) mouvement distinct dans la 2e partie de l’enchaînement, mais fait de « Repousser le singe à gauche et à droite » UN seul mouvement (et pas deux) dans la 3e partie.

Que voulez-vous, faire dans la 3e partie comme ils ont fait dans la 2e aurait causé un total de 109 mouvements ! Et une telle incongruité ne doit pas se produire. 😀

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *