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Tai Chi

A quoi sert la poussée des mains ?

Aujourd’hui j’ai eu le plaisir de participer à un événement de poussée des mains que j’organise annuellement. J’ai fais plein de belles rencontres. Mon maître n’est pas un grand fan (ceci est un euphémisme) de ce type d’échange : il trouve que la plupart des pratiquants ne pratiquent pas correctement et que c’est une perte de temps… bon je ne suis pas aussi radical que lui, mais néanmoins je trouve qu’il soulève quelques points importants.

Comment est souvent perçu la poussée des mains

Bon, si vous ne savez pas ce que c’est, la poussée des mains, c’est un exercice avec partenaire où vous allez développer votre sensibilité et votre ancrage afin de pouvoir dévier des poussées, sentir des des tensions dans la structure du partenaire. Bien souvent, on pense que l’objectif est de « pousser l’autre » après tout, c’est dans le titre non? Au point qu’il y a des compétitions de poussées des mains ou le gagnant est celui qui arrive à faire bouger son adversaire (très souvent, la poussée des mains est pratiquée à pas fixe dans ce contexte).

Le problème de cela, c’est qu’il y a de nombreuses façons de pousser quelqu’un… et que celles-ci ne sont pas forcément très « tai chi ». J’ai eu l’occasion de pratiquer de la poussée des mains avec quelqu’un qui avait un bagage en judo… autant dire que même si ce qu’il faisait n’était pas très tai chi selon moi, ça n’en était pas moins rudement efficace.

Il y a aussi la problématique du poids et de la carrure en général. Face à une personne qui pèse 20 kilos de plus que vous, bon courage, il faut déjà avoir une sacré différence de niveau pour pouvoir pousser quelqu’un qui est tout simplement plus fort et plus lourd.

Mais alors, c’est nul?

Et bien non ! Car en fait, la poussée des mains, ça ne sert pas à « pousser l’autre ». C’est un exercice de conditionnement à la sensibilité. Mon maître rappelle souvent cette phrase:

Si mon adversaire ne bouge pas, je ne bouge pas. Si mon adversaire bouge, je bouge en premier

Les classiques du Tai chi

Et c’est bien ça qu’il faut garder à l’esprit : la poussée des mains n’a pas pour finalité de pousser l’autre. A vrai dire, c’est surtout un travail pour trouver une ouverture avant d’agir. Il faut garder à l’esprit lorsque vous faites de la poussée des mains avec quelqu’un : qu’est ce qu’il se passerait si mon adversaire cherche à me frapper? En a-t-il la possibilité? Bien souvent, comme une des règles est justement de ne pas frapper son partenaire (les échanges de poussées des mains seraient nettement moins cordiaux 🙂 ), on en oublie presque que dans la réalité martiale, c’est une possibilité qui pourrait vraiment arriver.

Aujourd’hui j’ai eu pas mal de personnes qui avaient leur tête quasi sur moi (autant vous dire, je ne trouve pas ça très sûr d’un point de vue martial, même si en terme de stabilité ça ne change pas grand chose, voire même ça peut s’avérer utile pour pousser l’autre). Ou alors qui « se relâchent » (bien) au point d’autoriser un contact direct avec le corps (moins bien). Ou encore, et ça c’est un grand classique, qui profitent allègrement du fait que les pas sont fixes et vont, par exemple, descendre très bas pour abaisser leur centre de gravité. Toutes ces astuces fonctionnement plutôt bien évidemment et c’est intéressant d’examiner leur utilité ou leur intérêt, mais en même temps, ce n’est pas forcément ça que vous voulez pour votre pratique du tai chi.

Revenir aux bonnes pratiques

Lorsque vous pratiquez avec des personnes d’un autre style, très souvent vous n’avez pas vraiment le choix : on pratique la poussée des mains libres, avec le plus petit dénominateur commun possible. Cela a un aspect intéressant : apprendre à réagir face à des réactions auxquels on n’est pas habitué. Mais aussi, cela a un côté tout à fait artificiel : en réalité, ce n’est pas en faisant de la poussée des mains comme cela que vous utiliseriez vos compétences de tai chi.

La plupart du temps, il vaut mieux s’entraîner avec les poussées des mains codifiées : ce sont elles qui vont vraiment aider à développer des bonnes pratiques corporelles et ancrer dans le corps les réactions que l’on souhaite.

Si vous avez l’occasion de pratiquer la poussée des mains, essayez de bien garder à l’esprit votre objectif. Car si vous partez à la recherche de « pousser l’autre », vous risquez tout simplement de vous éloigner des apprentissages qui importent réellement au final.

Bonne pratique.

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