Votre dos n’est pas mal aligné

Votre dos n’est pas mal aligné

Qui n’a jamais eu mal au dos? Pas grand monde si on en croit certains études (qui annoncent des chiffres jusqu’à 80% des individus). Récemment je suis tombé sur cet article très intéressant qui nous parle des dangers du structuralisme (c’est à dire, l’emphase excessive de l’importance la structure). C’est vrai que l’on serait tenté de se dire que c’est un problème structurel, mécanique, qui est la cause de la douleur. Mais est-ce vraiment le cas?

Ce qui est assez étonnant, c’est que la plupart du temps, la structure n’est pas aussi importante que ce que l’on peut imaginer. En fait, les études scientifiques iraient plutôt dans l’autre sens : il n’y aurait pas ou peu de corrélations entre des problèmes structurels et la douleur. Cela ne veut pas dire que la structure n’a pas d’importance (par exemple, pour développer plus de puissance), mais que ce n’est pas le facteur déterminant pour savoir si vous allez avoir mal au dos.

La forme et la fonction

Prenez un problème de posture typique : un dos trop courbé, une scoliose, une jambe trop courte… L’approche sera souvent de rétablir la « forme » : aligner le dos, corriger la courbure… c’est typiquement cette approche là que vous aurez chez un chiropracteur par exemple.

Alors la chiropractie (bon j’ai pris l’exemple de la chiropractie, mais vraiment vous pouvez appliquer l’idée à plein d’autres approches, les discours sont souvent les mêmes) peut vraiment être très utile (si vous avez la nuque ou le dos bloqué, cela peut fournir un réel soulagement). Mais il faut aussi s’interroger sur la cause : vos os, votre structure, ne bougent pas par eux-mêmes. Leur bon ou mauvais placement est la résultante de l’usage que vous faites de votre corps. Enfin, sauf si vous avez eu un accident ou avez une génétique particulière, évidemment 🙂

C’est pourquoi la « forme » extérieure a en réalité assez peu d’importance pour peu que la fonctionnalité du mouvement est remplie et que la qualité soit présente. Votre corps est apte à s’adapter à beaucoup de chose, et bien souvent, rétablir la fonctionnalité va corriger ou suppléer en grande partie la forme. En somme, l’idée de s’aligner va sans doute peser plus lourd que votre alignement réel (à nouveau, je le répète, celui-ci a aussi son importance, mais la priorité devrait aller à notre conscience corporelle, notre intention d’alignement).

Un autre facteur qui est bien souvent négligé, c’est celui du stress et des tensions qu’il engendre. Une structure peut être impeccable, si elle est tendue, serrée, nouée… la douleur ne manquera pas d’arriver.

L’intérêt du tai chi

Cela peut ne pas apparaître de manière évidente de l’extérieur, mais le travail en tai chi n’est pas juste d’obtenir une « bonne posture ». La vraie question, le vrai travail, c’est comment on obtient la posture, le mouvement. C’est là que le travail en lenteur et en conscience prend tout son sens. Face à la variété de mouvements présents dans la forme, nous prenons conscience des déficiences dans la fonctionnalité de certains de nos mouvements. Mais surtout, à travers notre pratique, nous reprenons confiance entre notre aptitude à bouger mieux. Il y a aussi, tout simplement, une forme de lâcher prise, d’acceptation, dans la capacité de notre corps à bouger de la façon la plus adéquate.

En effet, faire un mouvement en tai chi, ce n’est pas juste bouger mécaniquement, l’esprit l’absent. Ou, à l’inverse, être dans le contrôle absolu, et « forcer » nos mouvements à correspondre à une idée préconçue. C’est prendre conscience de ce qui bouge. De comment le corps bouge. C’est utiliser des images, des visualisations, qui aident l’intention à guider notre corps et le conditionner à bouger de manière qualitative. C’est avant tout écouter notre propre corps. Cela ne peut se faire que dans la lenteur, pour observer ce qui se passe. Corriger, non pas la forme, qui n’est qu’un résultat, mais le processus postural qui implique activement la conscience du corps. C’est pourquoi corriger les postures d’un élève n’est intéressant que dans la mesure où l’on s’interroge également comment il en est arrivé à cette posture.

En recherchant cet équilibre entre stabilité et fluidité, nous pouvons recréer les conditions idéales du mouvement. Réduire notre stress également, qui a tendance à se manifester dans notre corps (on « somatise »). C’est bien cela, pour moi, la priorité, bien avant d’avoir une forme élégante ou impressionnante.

Le comment plutôt que le quoi

Il n’y a pas de posture miracle, ou d’exercice de qi gong qui règle tous les problèmes. Bien sûr, chaque exercice peut avoir ses spécificités et ses intérêts. Mais on peut être vraiment perdu face à la multitude d’exercices qui existent (même un exercice « classique » comme les ba duan jin existe en tant de versions!).

Le plus important, c’est probablement de savoir comment nous faisons nos exercices, peu importe les divergences d’opinions entre écoles et styles. Vous faites votre parer du bras gauche plus haut? Plus compact? Plus bas? Super, tant mieux. Mais la vrai question, c’est surtout comment vous déplacez votre bras. Quel type d’intention se traduit dans votre corps à cet instant là? Où est votre esprit lorsque vous faites le mouvement ? Votre épaule bouge-t-elle librement? Notre répertoire de mouvements doit être au service de ce travail.

Ne vous contentez pas d’un travail superficiel où l’on dit: tu fais tel mouvement (= le quoi), parce que dévies une attaque (= le pourquoi). Cela, c’est l’aspect le moins intéressant du travail. N’importe quel livre peut le dire. Comment le quoi produit le pourquoi (ouch?), c’est là que le travail est riche et mérite toute votre attention. C’est là que la pratique est importante, car le professeur ne peut jamais que servir de guide et ne remplacera jamais le travail personnel.

Bonne pratique, et restez curieux 😉

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