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Les 10 principes de Yang Cheng Fu : le retour

Référence classique du tai chi de style Yang, les « 10 principes de Yang Cheng Fu » ont déjà été abordés en détail sur ce blog. Si j’en reparle aujourd’hui, c’est parce qu’Adam Mizner vient de publier une longue vidéo sur le sujet.

Pour ceux qui ont besoin d’un petit rafraîchissement, voir la partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4.

Tout d’abord, voici la vidéo en question. Je vais ensuite vous parler de chaque principe, les éléments que je trouve particulièrement intéressant dans la vidéo et ce qui me plait moins.

Yang Chengfu's 10 Essential Points Explained by Adam MiznerYang Chengfu's 10 Essential Points Explained by Adam Mizner

Comme souvent, vous constaterez qu’Adam Mizner n’est pas avare d’informations, mais qu’il utilise intensivement le jargon du tai chi, ce qui n’aide pas toujours à rendre le discours simple. Je garde ici une description proche de ce qui est dit dans la vidéo, même si à titre personnel, je trouve l’utilisation de ces termes énergétiques toujours un peu approximatif.

Je ne vais pas redétailler la traduction exacte des principes, vous pouvez vous réferer à mes articles précédents pour décomposer les traductions.

Principe 1 : Énergie vide et consciente au sommet du crâne (Xu Ling Ding Jin)

Atteindre un état de suspension neutre, aligné sur la gravité, afin de permettre au corps de s’ouvrir et à l’énergie interne de monter.

Mécanique physique : Ce principe ne consiste pas à pousser activement la tête vers le haut. Il s’agit plutôt d’ajuster l’angle du crâne et d’être en auto-étirement afin que tout le corps puisse « pendre » du sommet du crâne.

Dynamique interne : Une fois que le corps physique est correctement suspendu, le qi descend vers les pieds, remplit les jambes et le corps, et crée une énergie ascendante et portante.

Détail intéressant : Mizner compare cela à un squelette de salle de cours de médecine maintenu par des élastiques. Si l’on suspend le squelette par le crâne, toutes les articulations s’ouvrent naturellement sous l’effet de la gravité. Le corps s’ouvre sans effort.

Principe 2 : Contenir la poitrine et relever le dos (Han Xiong Ba Bei)

Façonner le torse pour abaisser le centre de gravité et relier l’énergie à la colonne vertébrale.

Mécanique physique : « Contenir la poitrine » signifie empêcher la poitrine de se gonfler, de flotter vers le haut ou de s’étendre vers l’extérieur. À l’inverse, cela ne signifie pas s’affaisser, s’enfoncer ou voûter les épaules vers l’avant, ce qui déformerait la posture et écraserait le cœur et les poumons.

Dynamique interne : Contenir la poitrine est l’action causale qui permet au qi de descendre du haut du corps vers le Dantian. Une fois que le qi descend vers le Dantian, celui-ci se remplit, permettant à l’énergie d’adhérer à la colonne vertébrale et de remonter le long du dos (« relever le dos »). Ces deux actions forment un circuit énergétique fermé.

A mes yeux, ceci se rapproche exactement de ce que l’on fait dans l’orbite microcosmique.

Principe 3 : Libérer la taille (Song Yao)

Allonger la taille pour créer une connectivité entre les parties supérieure et inférieure du corps.

Mécanique physique : Le haut du corps est très osseux (cage thoracique), et le bas du corps est très osseux (bassin), mais la taille qui les relie possède très peu de structure osseuse. Dans les arts martiaux externes, cet écart est comblé en contractant les muscles du tronc. En tai chi, la contraction bloque la force. Il faut donc combler ce fossé en allongeant et en étirant la taille de l’intérieur.

Dynamique interne : lorsque la taille est relâchée et allongée, elle agit comme un canal hautement conducteur. Le mouvement de la taille/du Dantian génère alors les différences Yin et Yang (vide et plein) qui font circuler la puissance (Jin) dans tout le corps.

Détail intéressant : Mizner note que cela est si fondamental que cela pourrait facilement constituer le premier principe.

Principe 4 : Distinguer le vide et le plein (Xu Shi Fen Ming)

Créer un différentiel continu et fluide entre le Yin et le Yang dans l’ensemble du système biologique.

Mécanique physique : Un débutant interprète cela à tort comme le simple fait de savoir quelle jambe supporte le poids du corps. Cependant, le véritable vide et le véritable plein sont bien plus profonds ; il s’agit de séparer le substantiel de l’insubstantiel dans chaque membre, chaque articulation et chaque mouvement.

Dynamique interne : La rotation du Dantian crée un déplacement de pression volumétrique interne.

Détail intéressant : Mizner compare cela au mouvement de la marée. Tout comme l’océan se vide d’une rive pour en remplir une autre, le qi se déplace à travers le corps. Il s’agit d’un équilibre continu et fluide consistant à remplir un côté tout en vidant l’autre.

Principe 5 : Abaisser les épaules et laisser pendre les coudes (Chen Jian Zhui Zhou)

Relaxation des bras alignée sur la gravité afin de maintenir une chaîne cinétique et énergétique ininterrompue jusqu’aux mains.

Mécanique physique : Les épaules doivent reposer dans leur position naturelle, abaissées. Les coudes doivent physiquement pendre ou s’abaisser vers le bas par rapport à la gravité, quel que soit l’angle du bras. Les deux sont inextricablement liés : si un coude s’écarte sur le côté ou pointe vers l’arrière, cela force mécaniquement l’épaule à se relever.

Dynamique interne : Si l’épaule ou le coude est relevé, cela agit comme un garrot. La tension musculaire comprime les voies fasciales et énergétiques, bloquant le qi et empêchant la puissance (Jin) d’atteindre les mains.

Principe n° 6 : Utiliser l’attention, pas la force (Yong Yi Bu Yong Li)

S’appuyer sur la conscience interne du moment présent pour guider le mouvement, plutôt que sur la tension musculaire ou une ambition tournée vers l’avenir.

Mécanique physique : Rejet total du Li (force musculaire maladroite et isolée).

Dynamique interne : Mizner traduit explicitement Yi par « attention » plutôt que par « intention ».

Détail intéressant : Il soutient que l’intention est focalisée sur l’avenir (le temps) et sur un objectif extérieur au corps (l’espace). Cela pousse l’esprit à courir en avant, ce qui tend le corps pour qu’il rattrape son retard. L’attention, en revanche, est focalisée sur l’instant présent et à l’intérieur du corps. En concentrant votre attention uniquement sur ce qui se passe en vous à cet instant précis, vous restez détendu et atteignez une véritable harmonie. Je peux comprendre ce choix de traduction pour mieux faire passer le message, même si d’un point de vue strict, il est clair que « intention » est la traduction plus naturelle, tant que l’on comprend bien ce que l’on veut dire par là.

Principe 7 : Coordination du haut et du bas (Shang Xia Xiang Sui)

Le corps se déplace comme un système d’engrenages unique et unifié, entièrement piloté par le centre.

Mécanique physique : C’est une illusion d’optique que de croire que le haut du corps suit le bas du corps (ou vice versa). Pour l’observateur, cela ressemble à une chaîne séquentielle.

Dynamique interne : En interne, ils ne se suivent pas de manière séquentielle. Au contraire, le haut et le bas du corps sont simultanément entraînés par exactement le même moteur central (le Dantian/la taille). Le mouvement d’une partie entraîne le mouvement simultané de toutes les parties, car elles sont toutes reliées au centre.

Principe 8 : Harmoniser l’interne et l’externe (Nei Wai Xiang He)

Combler le fossé entre la chorégraphie structurelle et le moteur interne.

Mécanique physique : Cela fait référence aux « trois harmonies externes » : l’alignement physique des hanches avec les épaules, des genoux avec les coudes et des pieds avec les mains. C’est le « quoi » du tai chi.

Dynamique interne : Cela fait référence aux « trois harmonies internes » : l’esprit (l’attention) s’unit au chi, et le chi s’unit à la puissance (jin). C’est le « comment » du tai chi.

Détail intéressant : Une pratique de haut niveau consiste à réaliser les postures physiques (le « quoi ») entièrement grâce à l’utilisation de la mécanique de l’énergie interne (le « comment »).

Principe 9 : Continuité sans interruption (Xiang Lian Bu Duan)

Maintenir une ligne ininterrompue de tension interne et de flux énergétique, même lorsque le corps s’arrête.

Mécanique physique : cela ne signifie pas que vous devez agiter vos bras sans arrêt. Il s’agit plutôt de maintenir un état ininterrompu d’étirement interne et structurel (souvent appelé « tirer la soie »).

Dynamique interne : si une partie de la structure physique se relâche complètement, ou si l’esprit perd son attention, le circuit se rompt. Le Jin (la puissance) doit être un fil continu et ininterrompu qui circule d’une posture à l’autre.

Principe 10 : Rechercher l’immobilité au sein du mouvement (Dong Zhong Qiu Jing)

Maintenir un équilibre dynamique parfait au milieu de changements physiques et énergétiques constants.

Dynamique physique: C’est le principe le plus élevé et le plus profond. Il va bien au-delà du simple fait d’avoir « l’esprit calme » pendant l’exécution des enchaînements. C’est la réalisation physique et énergétique du Zhong Ding (équilibre central).

Détail intéressant : Alors que les « marées » du Yin et du Yang (vide et plein) changent, montent et descendent constamment à travers le corps, le pratiquant maintient un centre parfaitement équilibré et immobile. Les neuf principes d’entraînement précédents existent tous pour conduire le pratiquant à cet état final de calme profond au sein du mouvement. J’ai quand même l’impression ici qu’il faut mentionner la fameuse phrase « quand une partie bouge, tout bouge » et justement bien cibler le rôle de l’immobilité relative ou partielle dans les mouvements.


Et voici qui conclu cet article. Je pense qu’avec cela je ne risque plus de reparler dans 10 principes avant un bout de temps… quoi que, quoi que… vous verrez peut-être si je trouve le temps de finaliser un autre article sur lequel je planche depuis un petit moment.

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