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La grue blanche déploie ses ailes – 白鹤亮翅 – Bái hè liàng chì

Un joli mouvement avec un nom inspiré de la majestueuse grue blanche. Si l’on se concentre régulièrement sur la posture finale, c’est bien dans l’amorce initiale que se situent les points réellement importants. Voyons cela !

Pour une fois, je n’ai pas grand-chose à dire sur la traduction française. Tout le monde est bien d’accord sur la façon de traduire ce mouvement (parfois, il y a débat autour du verbe « déployer », mais peu importe).

Dimension historique

La mention de la grue blanche n’est pas anodine. Le « Jeu des 5 animaux » ou certains qi gong mentionnent souvent la « Grue Blanche ». Cela nous rappelle que le tai chi prend ses origines dans ces pratiques.

L’imitation de l’oiseau n’est pas qu’une métaphore poétique : elle vise à reproduire la mécanique d’un oiseau qui prend son envol, c’est-à-dire une force ascendante, légère en haut, mais fermement ancrée au sol en bas (le pied droit « plein »).

La Grue Blanche est aussi bien une technique martiale qu’une posture de santé et d’étirement (étirement des méridiens, assouplissement de la cage thoracique pour la respiration).

Dans le tai chi chuan

Comme je le disais dans l’intro, tout le monde est bien d’accord que « la Grue blanche » c’est le moment où vous reposez sur votre jambe droite, le pied gauche pointé, vide, la main gauche basse (plus ou moins près de la cuisse, selon) et la main droite haute (plus ou moins sur le côté, selon). Néanmoins, certains auteurs incluent également toute la phase préparatoire, que, pour ma part, j’exécute sous forme de coup de coude/parer du bras droit. Je trouve néanmoins intéressant de garder le lien entre ces deux parties : la phase de « compression » préalable à l’expansion de la Grue blanche est une suite parfaitement cohérente.

Au final, pour que cette posture révèle toute son efficacité et ne se résume pas à une simple forme visuelle, son exécution exige une exécution précise. Le bas du corps doit être parfaitement ancré, la jambe droite fléchie supportant tout le poids tandis que le pied gauche reste vide mais présent pour garantir stabilité et mobilité. Le véritable moteur du mouvement ne se situe pas dans la force des bras, mais dans l’ouverture du centre du dos et le travail de la taille. Les bras ne font alors que transmettre cette énergie asymétrique du centre vers les extrémités, reproduisant la puissante mécanique dorsale d’un oiseau qui prend son envol.

Alors évidemment nous avons des photos… mais c’est toujours difficile de savoir à quel point nous y fier comme le discute ce post Facebook. J’ai bien apprécié le parallèle avec la posture « Reculer pour chevaucher le tigre », car c’est vrai que les deux postures se ressemblent (un peu comme « jouer du pipa » et « lever les mains »). Pour votre réflexion, voici néanmoins ma petite sélection de « grues blanches ».

Yang Cheng Fu et Yang Shouzhong.

Dong Yingjie et Chen Weiming

Applications

Les applications martiales de la posture où la grue blanche déploie ses ailes reposent sur la séparation de la force adverse et le déséquilibre. Selon l’explication classique de Yang Chengfu, face à une double attaque frontale, le pratiquant esquive légèrement, s’insère dans la garde adverse et utilise un mouvement asymétrique pour écarter simultanément les deux poings, brisant ainsi l’axe central de l’attaquant. D’autres variantes exploitent cette mécanique d’ouverture pour des actions de corps-à-corps, comme absorber une attaque pour riposter avec un coup d’épaule, ou encore glisser le bras droit sous l’aisselle d’un adversaire pour faire levier et le renverser en arrière. Dans toutes ces situations, le mouvement ascendant et expansif des bras sert à déraciner l’opposant ou à disperser sa force de manière redoutable.

J’ai bien aimé l’application présentée ici sur Facebook par l’institut Lishan. Il faut néanmoins rappeler que si cela montre bien la dynamique du mouvement, l’application face à quelqu’un qui se saisit de vos avant-bras et décide de ne pas les lâcher reste un peu théorique… mais cela permet tout de même de bien montrer ce qui se passe.

https://www.facebook.com/reel/3717183205079102

Dans le san shou

Mouvement 18 du san shou, ce mouvement est exécuté en réaction à un coup de poing, l’écarte, et riposte avec un coup de pied, distinction spécifique de la forme avec partenaire. Le « coup de pied » exprimé dans l’application est représenté, plus sobrement, dans la forme par « pointer le pied ».

(B est en blanc, A est en noir)

B, avant d’être frappé, écarte rapidement les deux mains en même temps (main droite vers le haut, main gauche vers le bas). En suivant le mouvement d’abaissement du corps, il utilise la plante du pied gauche pour donner un coup de pied vers l’avant en direction du bas-ventre de A.

Aussi présenté sur cette photo avec Tian Zhaolin et Huang Yuanxiu. J’en ai profité pour améliorer un peu l’image car l’image originale n’est pas d’une qualité incroyable.

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